Les Petits Chemins

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Status: In Progress

Genre: Romance

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Nouvelle autobiographique
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Nouvelle autobiographique

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Submitted: February 23, 2017

A A A | A A A

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Submitted: February 23, 2017

A A A

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Nos chemins s’étaient croisés à une intersection où il y avait d’autres routes et on savait qu’on n’emprunterait pas la même pour continuer. Je ne donnais guère assez et lui ne comprenait que très peu ; il se sacrifiait beaucoup pour moi alors que moi pas assez, j’avais toujours peur d’avouer notre amour à mes géniteurs et lui ne comprenait pas suffisamment ma crainte d’eux. Et puis un jour tout finit. Les petites causeries sous la couette au téléphone jusqu’aux petites heures du matin n’existaient plus, les appels à la veille de noël pour le récit du terrible génocide du Rwanda n’était plus, les balades sous la pluie rencontrèrent des ‘non-sortie’ dans les petits chemins que nous avions l’habitude d’emprunter. Nous n’étions pas un couple comme les autres ; nous vivions dans notre monde à nous, notre petite bulle. Qui ferait cela ? Raconter à l’élue de son cœur, à la veille d’une réjouissance, les horreurs d’un génocide. Eh bien lui ! Et moi, j’aimais, j’écoutais, je pleurais… Lui, il me chantait ‘Fly me to the Moon’ de Frank Sinatra à chaque fois que je le lui demandais ou faisait des soirées amoureux a distance, un pur délice en me fredonnant un ‘hymne a l’amour’ ; moment qui pourrait pâlir même une Edith Piaf intouchable. Une histoire, un vécu, un tout premier amour dont on se souvient toute sa vie.

* Tout semblait si petit, si insignifiant à cet instant, comme cela fut toujours durant cette année qui s’écoulait sans moindre surprise. Je descendis de l’autobus la tête loin et les pensées qui s’erraient comme jamais. D’un bleu marine, cet uniforme qui m’arrivait presqu’aux genoux semblait aplatir ma poitrine qui l’était déjà. Un sac à mon dos, qui relâchait tout fardeau ; des livres que je connaissais de manière approximative et des cahiers que je n’osais pas ouvrir, par peur et par paresse sans doute. Il me fallait traverser cette petite rue qui n’était à mon avis pas aussi petite que ça puisque sa traversée me paraissait toujours comme une éternité, dans laquelle je marchais sans trop l’envie d’avancer et où j’éprouvais l’insatiable besoin de sentir que j’étais seule et maitre de mes réflexions limite philosophiques. Je me rappelle juste de cette envie pesante d’un ‘Cloud 9’ après 6 heures de cours et une heure trente de trajet. J’arrivai enfin de l’autre côté de cette rue que je connaissais si bien, tant je la fréquentais, tant je l’appréhendais. Pourtant je l’aimais. Elle représentait une sublime partie de mon histoire car elle a marqué cette existence, qui à cette époque était terne et qui fut le sujet d’une nostalgie éternellement présente. Enfin, ce n’était pas aussi horrible que je le prétends aujourd’hui. Regards abaissés, j’avais toujours les yeux rivés sur mes chaussures bon marché quand je marchais. Je préférais fixer ces grands pieds qui avaient toujours du mal à avoir un habit à sa taille car je craignais l’œillade des autres ainsi que leur jugement. Ayant la tête baissée ne m’empêchait pas de savoir ou j’allais; je savais exactement quand s’approchait le petit tournant, alors, je levais la tête, prenais ma droite et continuais ma route jusqu’au manoir du grand enseignant. Ce jour-là, à peine sentis-je ce malheureux tournant approchant que je retirai mes yeux de mes grands pieds, que je vis avec grande stupeur une silhouette. Elle était carrée, lourde, comme écrasant le sol de son poids. Lui, qui marchait devant moi, avait aussi de grands pieds, plus grands que les miens et ceux-là étaient comme accrochés au bitume. Ses grandes mains ! Sa grande main droite tenait un ballon de Rugby. Oh !je n’avais jamais vu un d’aussi près auparavant. Et au-dessus de ces larges épaules, des poils au vent, bouclés et ébouriffés à souhait. Il avait un sac en bandoulière qui longeait sa droite et atteignait presque ses mollets. Ce personnage impressionnant marchait devant moi avec une nonchalance charmante et déconcertante. Je le reconnus parce que j’avais cette curieuse habitude de l’observer de très près durant ces deux heures de cours avec le maitre du manoir. C’était lui qui arrivait toujours en retard, même très en retard- une trentaine de minutes avant la fin des cours et qui escaladait lourdement les quelques marches en bois à l’entrée de la petite salle bondée d’élèves. C’était lui qui semblait ne jamais craindre la fureur du grand maitre, car il arrivait toujours avec un rire insouciant. Incroyablement, le maitre l’appréciait. Je pouvais le lire dans ses yeux car aimer ce roc n’était pas chose étonnante. Je me rappelle toujours que son charme rebelle et désinvolte m’exaspérait, mais m’attirait au plus haut point. Je le trouvais beau. Je me surprenais. Je n’attendais pas du tout à ce qu’il soit là, devant moi. Prise d’un drôle de panique, je repris ma marche mais décidée cette fois-ci, pour le dépasser. Après tout, j’avais déjà dix minutes de retard. Durant ces quelques infimes secondes de proximité, je sentis les battements de mon pauvre cœur s’accélérer et inconsciemment, je constatai que mes yeux étaient encore plus près de mes pieds. Je le dépassai enfin, soulagée, quand, inopinément… « Bonjour » il me dit comme pour me rendre encore plus affolée. Pourquoi étais-je si affolée déjà ? Parce que je n’aurais jamais cru qu’un homme m’aborderait un jour et surtout pas lui. Mon sang ne fit qu’un tour, ma tête sortit de son affaissement habituel, se redressa fièrement pour permettre à mes lèvres timides de répondre à ce suspicieux personnage. « Bonjour » lui répondis-je et courrai presque en direction du manoir. Une fois arrivée, je m’installai sur un banc déjà occupé et couvert de filles et de garçons en uniforme. Lui, il arriva trois bonnes minutes après. Deux longues heures de cours en suivirent…

* Finalement, le cours toucha à sa fin et comme à l’accoutumée, je n’avais qu’une idée en tête; m’éloigner de cet endroit. Cependant, mon cœur voulut quelque chose…je voulais être encore surprise. Je dévalais alors les quelques marches en bois puis les innombrables marches en béton. Une fois arrivée à terre, mes jambes se déployèrent et je repris mon pas décidé, accélérant le rythme jusqu’au bout de cette descente et entamai le virage vers la gauche. Au coin de mon œil gauche bien qu’il m’offrait une vision floue, je pouvais apercevoir cette silhouette lourde qui dévalait à son tour cette descente. Je me mis à marcher alors encore plus vite comme pour m’en éloigner. De façon soudaine, je me rendis compte que j’allais plus vite pour l’encourager à venir encore plus rapidement vers moi. Et là je sentis des pas galopants derrière moi et des supplications telles que « s’il te plait !, s’il te plait ! » En me retournant, je compris alors, qu’il courait après moi. Sur le moment, je fus lapidée de l’intérieur par des flux d’émotions intenses que j’arrivais mal à comprendre, je pensais à beaucoup trop de chose en même temps. Je me demandais si cela était vrai, si c’était bien lui, l’homme que j’admirais si souvent discrètement, si c’était bien celui dont je craignais ; peur parce qu’il m’impressionnait involontairement. Je le trouvais surtout mystérieux à cet instant. Un tourbillon qui me chavirait l’être. Un tourbillon qui m’était jadis inconnu. Lui qui était derrière, était désormais à mes côtés. Il me demanda alors « Vas-tu jusqu'à la gare ? », oui répondis-je. « Je peux t’accompagner, alors ? » questionna-t-il. « Oh mais oui que tu peux » lui répondis-je d’une assurance que je comprenais mal. Je paraissais oh combien calme de l’extérieur mais j’expérimentais à l’intérieur de moi des virevoltes d’émotions qui étaient fort désagréables. Je commençais à marcher à sa vitesse mais avec grande difficulté je l’avoue. J’allais trop vite et lui s’y prenait trop lentement. Maintenant quand j’y pense, je me dis que j’aurais du aller plus lentement ; j’aurais gagné beaucoup d’heures de plus à passer avec lui. Alors débuta une conversation dont les sujets furent des plus banales ; la politique, les kermesses pendant lesquelles il se déguisait en femme, l’homme qui se rase, la mort du pape Jean-Paul II… L’échange de ces futilités avait toute sa valeur et servait à combler ce temps précieux et à rendre inoubliable cette première marche. J’aimais par-dessus tout, cette spontanéité et cette simplicité grâce auxquelles nos mots bâtissaient à eux seuls une incroyable complicité. Dix minutes et tout semblait avoir déjà été vécu. Depuis, il y eut une séries de promenades linéaires- manoir, gare, gare, manoir! On s’était découvert des compagnons de marche, des compagnons de route. Marchant dans la fraicheur de l’hiver ou sous la pluie sous mon fameux parapluie en piteux état auquel je tenais éperdument, nous semblions n’être que deux sur ce long petit chemin. Au-delà de nos apparences qui différaient en tous points ; lui rebelle gothique et moi gentille coincée, nous étions que deux amis aimant être ensemble, aimant marcher et aimant rire. Pendant ces instants je me sentais écoutée et vivante. Ce fut le cas aussi pour lui aussi je pense. Bien qu’on fût différent dans bien de domaines, il me rendait heureuse. Je restais timide mais je m’ouvrais à lui sans retenue. Étonnamment, ce fut réciproque. On était des amis de route remarquables et on s’adonnait à notre rôle parfaitement. Qu’est-ce que j’aimais nos longues marches ! Je le trouvais chaque semaine encore plus attachant que la semaine précédente et ça, il ne le savait pas et ne le sait toujours pas que cela fut le cas. Mon ami. Les mois passaient jusqu’au jour où il me proposa d’écrire un article dans un des magasines de son collège ; ‘Le Cactus’...

* Un article de moi dans ‘le Cactus’ et parlant de sujets qui me révoltaient et qui me révoltent toujours… l’injustice et la pauvreté. Mon tout premier article. Loin d’être parfait, ce petit document écrit du bout de ma plume, était le contenu de ce que j’avais sur le cœur depuis très longtemps déjà. Mon ami m’avait donné cette opportunité inouïe. Il y eut un échange innocent de numéro de téléphone et je ne pris pas beaucoup de temps pour le contacter pour lui remettre ce que j’avais mis sur papier et lui ne perdit pas de temps pour le montrer à ses collaborateurs d’édition. Ils l’ont accepté, et placé dans ‘Le Cactus’. Mon plus beau des critiques, venait de mon ami. Il demeure encore à mes yeux un grand critique. Il disait toujours en lisant mes poèmes, qui étaient à mon avis de bas niveau, que ma plume effaçait les douleurs du monde car je le regardais d’un regard naïf et enfantin. La naïveté n’est pas un mal selon moi ; ce n’est pas un mal de voir la vie tel un enfant qui croit et voit que tout est beau, que tous sont bons et que tout est possible. Tout n’est qu’une question de dosage! Ce qu’il disait, était toujours beau, lui-même était beau ; il était vraiment un beau personnage digne des pièces de Shakespeare, de Proust ou de Flaubert. Son accent parfaitement travaillé avec subtilité, ses rires cocasses qui me contaminaient et son goût pour la démesure me plaisait fortement. Dans ses délires, il ne demeurait pas moins un être cultivé, qui savait ce qu’il disait et qui croyait en ses théories sur Dieu et le monde. Son opinion comptait souvent, toujours même, car à mes yeux son air rebelle et insouciant cachait un homme sérieux et rempli de bon sens. Terre à terre, il n’avait d’yeux que pour Baudelaire et les grands de ce monde qui ont marqué le monde de la littérature, de l’écriture. Sa passion pour les livres était contagieuse; il me décrivait un livre en quelques phrases et je voulais aussitôt m’en procurer un. Ah ! Il aimait aussi les femmes. Il n’en faisait pas beaucoup d’histoires mais le peu qu’il disait portait à croire que la femme le passionnait. En tout cas lui me passionnait. C’était le seul homme précieux à l’état pur que je connaissais à cette époque, tel un diamant brute, tel que j’aimais. C’était toujours lui qui de semaine en semaine m’épatait, et m’exaspérait à la fois. Lui, était le seul écrivain que je connaissais. Oui, il écrivait aussi, à ses temps perdus, je supposais mais qu’est-ce qu’il était talentueux, brillant! Sans l’aimer, il me plaisait. Tout de lui me plaisait mais j’étais trop timide pour me l’avouer ou le lui faire remarquer. C’était mon ami. Mon compagnon de marche, mon écrivain qui avait couru pour m’attraper, le premier homme à le faire d’ailleurs. Je le trouvais tout à fait remarquable et immense dans son rôle de preux chevalier rebelle et romantique. Il était tout ce qui pouvait pousser mon cœur à accélérer ses battements à chaque fois qu’on se retrouvait sur ce long chemin qui nous abritait. Nous marchâmes ainsi chaque semaine jusqu'à la gare; heureux et empressés d’être au jeudi suivant. On aimait faire ce bout de chemin ensemble. Le rebelle au cœur tendre et la gentille fille qui aimaient être ensemble. On dit que les contraires s’attirent, je dirai même plus ; les contraires s’attachent… Cela dura jusqu'à la fin des cours puis arriva la séparation. On ne se voyait plus. Bien que le détachement fut brusque (comme notre rencontre d’ailleurs), il n’y eut ni ressentiment ni manque car on était après tout qu’amis. * La fin de l’année fut marquée par les examens tant redoutés de la dernière année et l’année qui pointait son nez nous laissait tous perplexes et angoissés ; le stress de l’arrivée des résultats se faisait ressentir. Je me rappelle allant récupérer mes résultats, la boule au ventre et sentant mon pouls au travers de tout mon corps. Les résultats tombèrent et je découvris avec stupeur que j’avais réussi. C’était à ce moment là que je sentis un poids se retirait de moi me procurant un énorme soulagement. Un jour alors que j’étais dans l’autobus pour rentrer chez moi, je décidai d’appeler mon cher ami pour prendre de ses nouvelles et savoir si lui avait réussi. Il prit avec étonnement son téléphone car il ne s’attendait pas à ce que je l’appelle. Hélas ! Il m’apprit qu’il devrait refaire son année. Je fus triste pour lui mais sans plus. A un moment donné je me suis même dit qu’il aurait du être plus sérieux en cours ou arriver au moins à l’heure au manoir. Ceci dit, il me félicita et je l’encourageai. Je ne pensais pas à lui et je pense que lui non plus. Deux mois avaient passé et un jour on reprit contacte. Je ne me souviens plus trop comment et qui contacta son ami le premier mais le contacte avait été fait et je ne regrette rien aujourd’hui. Ce fut l’élément clé de notre histoire. On s’était perdu de vue une première fois, on ne se parlait pas et inconsciemment nos conversations me manquaient. Son charme me manquait. On ne se voyait pas, nos conversations avaient lieu seulement à travers des texto tout simple. Je l’envoyais des ‘bonjour et bonne journée’ le matin. Et des ‘bonne nuit et des ‘fais de beaux rêves’ la nuit. Et il me répondait par des ‘merci’ et des ‘bonjours’ et des ‘bonne nuit’. Il trouvait en ces simples mots un geste gentil et agréable. Il me trouvait gentille. Moi, étrangement j’aimais lui souhaiter tout ça. Tout se passait si simplement si innocemment et si sans prétention. Cette amitié se transformait petit à petit, et cette estime qu’on avait l’un pour l’autre grandissait après chaque message. Pendant ces nombreux et heureux échanges, on apprenait à mieux se connaitre et à s’apprécier encore plus. Les sujets échangés devenaient de plus en plus intimes et les secrets s’estompaient peu à peu. On partageait nos envies, nos rêves, nos échecs, nos peines nos visions et surtout notre amour pour l’humanité. On aurait dit qu’a nous deux seuls, on pouvait changer le monde ou sinon le rendre meilleur. On aimait fortement ces partages au fil desquels on se découvrait et se rendait compte qu’on s’aimait; j’aimais la personne qui me courut après, qui m’aborda sans aucune raison valable et lui aimait qui j’étais car il n’avait jamais vu une fille aussi gentille et intrigante que moi (mon silence l’intriguait, je ne parlais jamais ; rien de semblable aux pimbêches qui parlaient à tout bout de champ durant les cours du grand maitre), et tenez vous bien, il n’avait jamais vu une fille qui ressemblait autant à Cléopâtre (haha!), me disait-il. On était si différent, tel que noir et blanc. Il était athée et moi fervente chrétienne. Il avait un franc-parler que j’aimais, et sa dureté et sa sensibilité ne me laissaient pas insensible. Lui aimait mon grand cœur. Nous nous complémentions car on pouvait s’entendre respirer à travers les mots et on pouvait ressentir ces émotions mutuelles et intenses. Je ne peux cacher le fait que j’avais des questions plein la tête parce que je ne savais pas trop ce qui se passait au-dedans de moi. Je me réveillais juste en pensant à lui, à ne pas oublier de lui envoyer ces petits texto habituels et avec impatience attendais qu’il réponde. Tout aurait du être si clair pour nous pourtant. Tout aurait du paraitre si évident pour nous. Au lieu de comprendre ou d’accepter les faits, on préférait se tournoyer autour de nos peurs, de nos sourires niais et de nos timides confidences. Heureusement d’ailleurs puisque cela nous permit de jouir de cette douce innocence. Tout était si agréablement timide entre nous. Un soir comme tant d’autres je l’envoyai un ‘bonne nuit et fais de beaux rêves’. Il me répondît par un appel. Oui, il m’appelait. J’avais presque oublié sa voix et cette plaisante chaleur qui se dégageait d’elle. Mon cœur à ce moment là ne faisait que battre encore plus vite et je pris finalement l’appel, ahurie. C’était le début d’une longue liste de conversations amoureuses au téléphone. Mais ce soir là, c’était la grande première, celle qui détermina notre futur en tant qu’amoureux et qui concrétisa notre amour. C’était si intense. On se parla pendant des heures, de tout et de rien, on se racontait nos débuts en tant qu’amis, nos marches dans le froid et sous la pluie sous ce parapluie abimé qui nous couvrait à peine. Je me souviens encore de ces débats de ‘comment porter le parapluie, droit ou incliné pour limiter les jets de pluie!’ de pareil moment, il en existe de tellement peu. Sous nos draps respectifs, on chuchotait puisque tout le monde dormait à cette heure. J’appris alors qu’il avait pour lit qu’un matelas et qu’il aimait ça. Je trouvais cela si romantique. Comme quoi être amoureux nous oppose le pouvoir de donner de la valeur à la moindre chose insignifiante. L’entendre chuchoter était encore plus romantique et comble de tout ça on n’arrivait pas à raccrocher et les heures passaient ne nous encourageant pas à mettre une fin à notre conversation. On se laissait prendre par ce désir ne plus jamais éteindre l’étincelle qui s’était allumée. Je comprends enfin maintenant qu’on ne voulait pas se quitter par peur de ne plus jamais avoir l’occasion de se parler comme cela. Cependant on se trompait royalement. Le soleil commençait à faire sa timide apparition quand on décidait enfin d’aller dormir. Etre amoureux ce n’est pas dormir, ne pas sentir ni fatigue ni faim, sourire tout le temps et permettre le temps d’une valse de papillons dans le ventre. Tout compte fait, c’est quand même un peu dangereux d’être amoureux ! Alors la logique mais aussi le cœur disait qu’on devrait se quitter en se disant ‘je t’aime’, mais on n’arrivait pas du tout mais alors la pas du tout à prononcer ces mots qui paraissaient pourtant si simples. Du coup on retardait encore plus notre sommeil. Il y avait un silence pour remplacer ces mots. Il illustrait cette gêne inexplicable d’avouer un amour non attendu. On réfléchissait trop. Finalement il me dît ces mots. Ces mots créant un son unique et savoureux, résonnent toujours dans ma tête. Bien plus tard j’apprenais qu’il avait du prendre son courage à deux mains pour me le dire. Son courage fut payant car je lui retournai un ‘je t’aime’ des plus sensuels ! Alors, on alla se coucher chacun de son côté, lui sur son matelas et moi dans mon vieux lit. Mon cœur était encore très sensible et je pense que ce fut le cas pour le sien aussi. C’était un moment irrésistible. Comment pouvait-on encore arriver à dormir après ça ! Notre première conversation ce jour-là laissa un gout délicat sur mes lèvres et mon cœur ; ils s’étaient imprégnés de ces parfums délicieux qui s’émanaient de ces mots, tellement que je peux encore ressentir mon cœur trépigné au-dedans de moi rien qu’en écrivant ces mots. Ce fut là le début d’une belle histoire d’amour qui commençait ; notre première et notre plus grande histoire d’amour.

* On décidait maintenant quand est-ce qu’on pourrait se voir après de longs mois d’attente et de ‘fréquentages’ téléphoniques. Notre tout premier rendez-vous en amoureux. Tout cela semblait tellement irréel. Je n’avais qu’une chose en tête ; le voir, pouvoir le toucher même un peu et revoir ses cheveux ébouriffés s’envoler dans le vent. Apres sept mois de séparation, je n’avais aucune idée de comment il était devenu et j’appréhendais fortement notre rencontre. J’avais peur qu’il soit déçu en me voyant, j’avais peur qu’il découvrit que la personne avec qui il parlait durant ces cinq derniers mois ne coïnciderait pas avec ce qu’il verrait. Toute une myriade de questions qui me poussait à reporter notre rencontre. Mais je ne le fis pas. On se donna donc rendez-vous sur cette gare qui était jadis notre destination amicale, devant une petite échoppe qui s’appelait, tenez-vous bien, ‘Paul et Virginie’. Croyez-moi ou pas mais tout portait à croire que notre histoire était déjà écrite depuis bien longtemps. Ce samedi là, j’étais angoissée et je ne pouvais pas m’empêcher d’inspirer et d’expirer, façon yoga mais profondément et de bouger dans quasiment tous les sens tant j’étais stressée. J’attendais. Dix minutes avaient passées mais toujours pas mon amoureux. Il avait sans doute gardé cette habitude d’arriver en retard. Comment le savoir ? Je n’avais pas mon portable sur moi. Une trentaine de minutes après je décidai d’aller faire un tour. Je ne savais plus quoi penser et je me disais que ce n’était peut-être pas le bon moment pour qu’on se voie. Après mûre réflexion, je pris mon chemin vers l’église exaspérée et triste. J’avais trop redouté et attendu ce moment qu’à cet instant je sentis la frustration m’engloutir. Tard dans l’après-midi, en rentrant chez moi, je ne perdis pas de temps, pris mon téléphone et l’envoya un message. Je restai débitée lorsqu’il me dit qu’il était bien là, tout près de ‘Paul et Virginie’. C’était impossible qu’il fût à cet endroit puisque j’y étais. Au fil de notre conversation, on découvrit avec surprise et agacement qu’on ne parlait pas du même ‘Paul et Virginie’. J’ai attendu quarante-cinq minutes devant l’échoppe qui s’appelait ‘Paul et Virginie’ alors que lui m’attendais devant la statue de ‘Paul et Virginie’ qui se trouve dans le jardin de la mairie de la ville qui se trouve non loin de la gare. Mon Dieu ! Quelle confusion ! On était tous deux déçus. Et dire qu’on était si près de l’un l’autre. Cette situation bien cocasse voulait peut être dire que ce n’était pas encore le bon moment pour nous de nous retrouver. On en riait. C’était comme une rencontre ratée organisée par le destin mais qui était la preuve que notre histoire n’était pas comme les autres. C’était notre seule consolation durant cette soirée. Apres les explications et maints échanges de banalités, nous décidâmes de faire une autre tentative. On espérait que cette fois-ci ce serait la bonne car après tout on le méritait largement. Notre patience devait être récompensée. Il nous fallait donc décider quand auraient lieu nos retrouvailles et se mettre d’accord sur le jour et l’endroit. Il nous était interdit de commettre la même erreur, alors nous décidions de nous voir sur le banc qui se trouvait en face de la statue de ‘Paul et virginie’ du jardin de la mairie. Ce dont on était sur c’est que ce serait un samedi et qu’on s’était promis une rencontre de folie. (On savait quand même qu’elle serait moins audacieuse que cela). On rêvait beaucoup. Ce jour là, je portais une petite robe en jean avec une ceinture en jean aussi avec une boucle comme pour ajouter de la matière à ma tenue. Je m’étais lavé les cheveux, pour les assagir et les rendre plus accueillants ; il les verrait pour la première fois libres de toutes attaches, bouclés mais surtout imprégnés d’un doux parfum vanillé qui volerait à ses narines aux moindres contactes. Je me disais, « pourvu qu’il ne porte pas son grand manteau noir ou son fameux t-shirt Marylin Manson ! pourvu qu’il me trouve belle ! » Arrivée au jardin, je le remarquai au loin sur les lieux. Je poussai un soupir de soulagement car, quand même, pas trace de lugubre accoutrement sur lui, mais aussi un soupir pour apaiser toute cette tension qui pesait lourd sur mes épaules. Notre rencontre fut magnifique. Je n’oublierai jamais la peur qu’on éprouvait à cet instant, ni la pruderie de notre embrassade et le retenu avec lequel nous causâmes. Notre marche fut moins bavarde qu’avant et moins déterminée. Il subsistait là, un étrange phénomène; on recommençait, tel qu’on écrirait sur une page vierge, une autre partie de notre histoire tout en respectant le même schéma de notre première rencontre dans le petit chemin. * « Tu es l’homme de ma vie » la phrase qui le fit chavirer et le rendit encore plus amoureux de moi. Je le pensais, je le ressentais au plus profond de mon être si fragile. Bien qu’on fût différent en tout, on avait au moins une chose en commun ; on s’aimait. On parlait du temps et du bonheur, du passé et du futur, d’enfant, de Mangas et d’église. Il me disait que les dimanches, il resterait au lit avec nos progénitures pour regarder des séries de Mangas pendant que moi j’irais à l’église. Ceci fut la cause de nos fréquentes disputes amicales et qui nous faisaient bien sourire malgré tout le sérieux de l’affaire. Rien ne nous lier autant que l’amour. Je me rappelle comme hier le jour où il me proposa d’aller au théâtre. C’était à l’occasion du Festival de Theatre organisé par les collèges. On avait ça aussi en commun ; la passion pour le théâtre et la musique classique! Alors ce fut un mardi, je me rappelle que j’étais encore à la maison, toujours pas de boulot et lui complétait son année scolaire. Il m’invita au théâtre où joueraient trois pièces, pour voir comment se passer les répétitions et les mises en scènes. En arrivant, j’étais captivée par l’endroit et j’eus l’occasion de voir les coulisses ainsi que d’entendre certains de ses potes, des comédiens au talent fou, hurler leur texte sous une horde de ricanements! Comme quoi l’humour avait raison du stress. Ce monde qui m’était avant inaccessible, me souriait désormais. Puis nous entrâmes dans cette grande salle où se dérouleraient les pièces ; une panoplie d’acteurs en herbe s’y trouvait ainsi que les metteurs en scène et les créateurs de ces chefs-d’œuvre qui n’étaient alors inconnus. Nous nous installâmes au milieu du lieu comme pour mieux observer les moindres mouvements de ces individus que je considérais alors intouchables et admirables. Une grande timidité et une pudeur palpable se présentaient entre nous; nous n’avions pas encore eu le courage de nous tenir par la main, même pas un baiser ne fut de la partie depuis nos déclarations amoureuses. Nous n’étions que des compagnons de marche et ce virement radical de sentiments nous empêchait, bien malgré nous, de franchir le pas- d’agir en amoureux. Cette atmosphère bonne enfant durait au fil des dialogues et des prouesses théâtrales des comédiens qui, malgré leur jeune âge, jouissait d’un talent indiscutable. Tous deux, les bras croisés, demeuraient ébahis devant eux mais surtout, ils étaient croisés et serrés à cause du froid qui régnait en maitre dans la salle. Il faisait monstrueusement froid. C’était le début de l’hiver mais la climatisation, je peux vous l’assurer, nous offrait gratuitement un air des plus glacial. Sans le savoir, à cause de la fraicheur peut-être, je me suis retrouvée à glisser mon bras droit dans le creux que formait son bras gauche contre sa taille, avec une tendre spontanéité. Car vraiment je mourais presque de froid ma parole ! Il soupira et me fixa d’un regard ébahi car grande fut sa surprise, tout en me demandant « Tu as froid ? ». Mais bien sûr que oui ! Et là, il y eut comme une renaissance entre nous. Il me tenait la main en la frottant continuellement comme pour la réchauffer et pour réchauffer la sienne. J’avais brisé la glace de l’amitié ! Comme j’étais fière de moi, comme j’étais heureuse d’avoir commis cet acte impensable mais combien grandiose ! C’était comme une revanche ; lui qui fut le premier à me dire bonjour et à courir après moi, moi je fus la première à lui tenir le bras. J’étais heureuse et lui soulagé, heureux et encore plus amoureux. Il m’avoua après qu’il voulait le faire dès notre arrivée, mais qu’il n’osait pas. Je l’impressionnais trop et le rendait un peu trop nerveux pour qu’il puisse faire ce pas de géant. Qui l’eut cru ; j’impressionnais le rebelle. Mon rebelle au cœur tendre. Ainsi, nous restâmes durant toute la répétition, en espérant que celle-ci ne prenne jamais fin…

* Arrivant en Sherwani noir en coton, jeans bleu délavé, sandales indiennes aux pieds, avec des cheveux en bataille (pas coiffés comme à l’accoutumée), et barbe de deux jours, ce grand bonhomme qui avait su gagner mon cœur, fit, à mon sens, une entrée magistrale dans la salle de théâtre. Ce tableau fort plaisant à ma vue, aussi parfait que l’amour que je lui portais, me fit immédiatement oublier les trente longues minutes d’attente. Arrivée plus tôt, je l’attendais avec une appréhension infiniment grande. Je ne savais pas comment serait notre rencontre après mon sacré culot de l’avant-veille. Mon geste avait fait qu’on passerait à une autre étape de notre histoire; je craignais juste la suite de ce début si puérile. Perdue dans mes réflexions et percutée par ces insupportables spasmes au ventre (dû aux papillons et au stress), je n’avais pas constaté qu’il était si essoufflé et en sueur, le pauvre ! Il avait couru pour arriver à l’heure et pour ne pas manquer une minute de sa rencontre avec moi. Désappointé, lorsqu’il eut connaissance que j’étais là depuis un bon nombre de minutes déjà. Quant à moi, j’étais sobrement vêtue, et m’assurais que mes cheveux soient lâchés et parfumés de manière délectable. Une joie immense nous envahissait à ce moment là et nous fîmes une embrassade timide et délicate avant d’entrer dans la salle. Bien que nous voulions se mettre au même endroit que lors des répétitions, nous nous retrouvâmes trois rangées de siège un peu plus haut. Cela ne nous empêcherait pas d’apprécier les instants qui suivraient ; puis tant qu’on était ensemble, plus rien n’avait d’importance. Dix minutes plus tard, la salle était déjà bondée et le festival ne tarderait pas à commencer. Il faisait toujours aussi glacial et on se demandait comment allions nous pouvoir supporter ce froid pour les trois prochaines heures. Je me sentais moins culotée et je décidai de rester la plus naturelle possible malgré la tension qui montait lentement en moi car je ne savais pas de quoi les prochaines minutes seront faites. Quand tout à coup, je sentis ses doigts se glisser entre les miens. Cela fut d’une telle infime délicatesse que je n’eus même pas le temps de réaliser ce qui se passait. Le monde autour de nous avait arrêté de respirer, comme être dépourvu de tout mouvement. Dans cette salle si froide, si glauque, deux petits êtres dont la pudique passion parlait d’elle-même; ils savouraient ce moment si onctueux… *

Je tiens tout simplement à dire que, ce regard plongeant et intense, je ne l’oublierai jamais. « M’aimerais-tu encore quand je serai vieille et ridée ? » « Oh bien non, amour de ma vie, quand même ! » « Oh ! » lui répondis-je alors indignée. « Bein moi, je t’aimerai toujours, même quand t’auras des cheveux blancs et que tu seras sans dents. » « Hmmmm ! Ma chère, saches que je ne perdrai jamais mes dents. Je serai un vieux mais avec toutes ses dents ! Haha ! » Nous plaisantâmes ainsi tout le temps, toutes les fois que l’humour grisâtre de monsieur nous le permettait. Il y avait la une innocence pure et simple, sincère, fidèle à nous-mêmes, carpe diem… hors blague, il tenait vraiment à ses dents bien blanches, ainsi qu’à ses cheveux, et à son bedon que j’aimais particulièrement tripoter en l’appelant d’une manière enfantine mais amoureusement, ‘mon nounours’. Un petit bedon que je lui demandais de toujours garder alors que lui et sa fierté d’homme, son orgueil de mâle, le poussait à avoir ce besoin de le faire disparaitre à jamais. Il me demandait toujours ce que je pouvais bien trouver, à ce petit bedon. Alors je lui répondais par « mais toi, qu’est ce que tu trouves de beau avec mon grand front ?» Son silence laissait alors place à un léger ricanement pendant qu’il se penchait pour offrir à ce grand front un tendre baiser. Aimer, c’est aussi aimer les petites imperfections de l’autre et se régaler de ce que l’autre n’aime pas. Toute la beauté de l’amour se trouve dans ces petites attentions auxquelles nous accordons la plus grande importance. Aimer c’est aussi trouver beau ce que l’on considère généralement hideux. Lui et moi étions l’exemple même de cet amour parfait dans l’imperfection. Je me rappelle toujours de son air suspicieux ; il plissait sont petit front et faisait joindre ses sourcils pour me demander ce que nous serions dans un, deux, trente ans. Tout n’était cependant pas si rose. Notre relation était parsemée de doutes et de peurs. On ne savait effectivement pas ce que notre futur ensemble serait fait. On menait notre vie amoureuse chaque jour, essayant de ne pas se soucier du lendemain. Mais la vérité nous attrapait toujours et bien souvent, sans crier gars. Elle pointait sous notre nez ce fait si difficile à accepter ; on n’était pas fait pour être ensemble mais pour s’aimer seulement. Mon Dieu, que cela nous faisait mal. On essayait à tout prix d’éloigner cette vérité de nous, on voulait croire à une vie ensemble, à s’aimer à tout rompre, à s’aimer comme respirer. * Notre amour était composé de départs, de retrouvailles, de baisers volés, de tromperies, telle une tempête qui ne pouvait s’apaiser. En neuf ans de séparations et de vie chacun de son côté, nous nous retrouvâmes plusieurs fois par pur hasard ou simple tour du destin et nous nous soumettions à cet amour passé. Nous nous inclinions même devant cette passion qui nous consumait lentement. Des étreintes sensuelles dans une voiture, dans une salle de classe, sur un parking alors que la pluie battait son plein. Nous tombâmes dans un cirque, un cercle plus que vicieux qu’on appellerait péché. Mais se retrouver à chaque fois après de longs moments, nous forçait à revivre cet amour qui semblait être à jamais inexhaustible et à commettre de beaux actes comme si c’était nos derniers moments, ensemble. Nous nous livrâmes alors à une tendresse sauvage que nous seuls pouvions susciter et comprendre, que seul deux êtres aussi épris de l’un l’autre pouvaient savourer à pleine bouche et à plein corps, je dirai! Des enlacements voluptueux et généreux se changeaient rapidement en perte de vue ; chacun pour soi et puis repartie dans le tourbillon de la vie. Des retrouvailles et des fuites- telles étaient désormais nos répliques dans cette pièce qui composait nos vies. Ceci me fait rappeler les paroles de Roland Brival* ; « La vie n’est que théâtre. Un théâtre de la Peur où se joue le perpétuel recommencement de nos fuites et de nos égarements. » Effectivement, entre lui et moi naquit un perpétuel ‘rite de passage’ inopiné et bien fréquent. Il est maintenant qu’un ombre qui passe de temps en temps devant cette fenêtre qui représente ma vie, mais sans y entrer. Tout de suite là, une image me parait ; ses passages dans ma vie actuelle sont identiques aux passages des tornades qui chamboulent tout sur leur passage ! * Aujourd’hui, c’est un homme totalement barbu, amaigri et assagi que je découvre. Quoique pour moi, il reste toujours le même. Quand je me pâme devant cette frimousse si chère a mon cœur et à ma vie, je ne peux qu’acquiescer un sourire sur mes lèvres. Je sens même mon cœur sourire de l’intérieur. L’homme que j’ai aime il y a dix ans est reste intacte bien malgré les changements drastiques qui l’ont frappe. Est-ce cela le vrai amour ? Je souris parceque cette nouvelle image de lui ne change en rien a ce que je ressens pour lui. Je decouvre non avec stupeur la meme admiration a son egard, pas pour l’homme qu’il est devenu mais pour ce sentiment si particulier ; je l’aime toujours autant. Je me pose certes des questions telles que comment cela peut etre possible apres tout ce temps. Pour moi, il n’a pas pris une ride, il n’a pas change. Il faudrait etre aveugle pour ne pas voir la difference chez l’autre.

Nos chemins s’étaient croisés à une intersection où il y avait d’autres routes et on savait qu’on n’emprunterait pas la même pour continuer. Je ne donnais guère assez et lui ne comprenait que très peu ; il se sacrifiait beaucoup pour moi alors que moi pas assez, j’avais toujours peur d’avouer notre amour à mes géniteurs et lui ne comprenait pas suffisamment ma crainte d’eux. Et puis un jour tout finit. Les petites causeries sous la couette au téléphone jusqu’aux petites heures du matin n’existaient plus, les appels à la veille de noël pour le récit du terrible génocide du Rwanda n’était plus, les balades sous la pluie rencontrèrent des ‘non-sortie’ dans les petits chemins que nous avions l’habitude d’emprunter. Nous n’étions pas un couple comme les autres ; nous vivions dans notre monde à nous, notre petite bulle. Qui ferait cela ? Raconter à l’élue de son cœur, à la veille d’une réjouissance, les horreurs d’un génocide. Eh bien lui ! Et moi, j’aimais, j’écoutais, je pleurais… Lui, il me chantait ‘Fly me to the Moon’ de Frank Sinatra à chaque fois que je le lui demandais ou faisait des soirées amoureux a distance, un pur délice en me fredonnant un ‘hymne a l’amour’ ; moment qui pourrait pâlir même une Edith Piaf intouchable. Une histoire, un vécu, un tout premier amour dont on se souvient toute sa vie.

* Tout semblait si petit, si insignifiant à cet instant, comme cela fut toujours durant cette année qui s’écoulait sans moindre surprise. Je descendis de l’autobus la tête loin et les pensées qui s’erraient comme jamais. D’un bleu marine, cet uniforme qui m’arrivait presqu’aux genoux semblait aplatir ma poitrine qui l’était déjà. Un sac à mon dos, qui relâchait tout fardeau ; des livres que je connaissais de manière approximative et des cahiers que je n’osais pas ouvrir, par peur et par paresse sans doute. Il me fallait traverser cette petite rue qui n’était à mon avis pas aussi petite que ça puisque sa traversée me paraissait toujours comme une éternité, dans laquelle je marchais sans trop l’envie d’avancer et où j’éprouvais l’insatiable besoin de sentir que j’étais seule et maitre de mes réflexions limite philosophiques. Je me rappelle juste de cette envie pesante d’un ‘Cloud 9’ après 6 heures de cours et une heure trente de trajet. J’arrivai enfin de l’autre côté de cette rue que je connaissais si bien, tant je la fréquentais, tant je l’appréhendais. Pourtant je l’aimais. Elle représentait une sublime partie de mon histoire car elle a marqué cette existence, qui à cette époque était terne et qui fut le sujet d’une nostalgie éternellement présente. Enfin, ce n’était pas aussi horrible que je le prétends aujourd’hui. Regards abaissés, j’avais toujours les yeux rivés sur mes chaussures bon marché quand je marchais. Je préférais fixer ces grands pieds qui avaient toujours du mal à avoir un habit à sa taille car je craignais l’œillade des autres ainsi que leur jugement. Ayant la tête baissée ne m’empêchait pas de savoir ou j’allais; je savais exactement quand s’approchait le petit tournant, alors, je levais la tête, prenais ma droite et continuais ma route jusqu’au manoir du grand enseignant. Ce jour-là, à peine sentis-je ce malheureux tournant approchant que je retirai mes yeux de mes grands pieds, que je vis avec grande stupeur une silhouette. Elle était carrée, lourde, comme écrasant le sol de son poids. Lui, qui marchait devant moi, avait aussi de grands pieds, plus grands que les miens et ceux-là étaient comme accrochés au bitume. Ses grandes mains ! Sa grande main droite tenait un ballon de Rugby. Oh !je n’avais jamais vu un d’aussi près auparavant. Et au-dessus de ces larges épaules, des poils au vent, bouclés et ébouriffés à souhait. Il avait un sac en bandoulière qui longeait sa droite et atteignait presque ses mollets. Ce personnage impressionnant marchait devant moi avec une nonchalance charmante et déconcertante. Je le reconnus parce que j’avais cette curieuse habitude de l’observer de très près durant ces deux heures de cours avec le maitre du manoir. C’était lui qui arrivait toujours en retard, même très en retard- une trentaine de minutes avant la fin des cours et qui escaladait lourdement les quelques marches en bois à l’entrée de la petite salle bondée d’élèves. C’était lui qui semblait ne jamais craindre la fureur du grand maitre, car il arrivait toujours avec un rire insouciant. Incroyablement, le maitre l’appréciait. Je pouvais le lire dans ses yeux car aimer ce roc n’était pas chose étonnante. Je me rappelle toujours que son charme rebelle et désinvolte m’exaspérait, mais m’attirait au plus haut point. Je le trouvais beau. Je me surprenais. Je n’attendais pas du tout à ce qu’il soit là, devant moi. Prise d’un drôle de panique, je repris ma marche mais décidée cette fois-ci, pour le dépasser. Après tout, j’avais déjà dix minutes de retard. Durant ces quelques infimes secondes de proximité, je sentis les battements de mon pauvre cœur s’accélérer et inconsciemment, je constatai que mes yeux étaient encore plus près de mes pieds. Je le dépassai enfin, soulagée, quand, inopinément… « Bonjour » il me dit comme pour me rendre encore plus affolée. Pourquoi étais-je si affolée déjà ? Parce que je n’aurais jamais cru qu’un homme m’aborderait un jour et surtout pas lui. Mon sang ne fit qu’un tour, ma tête sortit de son affaissement habituel, se redressa fièrement pour permettre à mes lèvres timides de répondre à ce suspicieux personnage. « Bonjour » lui répondis-je et courrai presque en direction du manoir. Une fois arrivée, je m’installai sur un banc déjà occupé et couvert de filles et de garçons en uniforme. Lui, il arriva trois bonnes minutes après. Deux longues heures de cours en suivirent…

* Finalement, le cours toucha à sa fin et comme à l’accoutumée, je n’avais qu’une idée en tête; m’éloigner de cet endroit. Cependant, mon cœur voulut quelque chose…je voulais être encore surprise. Je dévalais alors les quelques marches en bois puis les innombrables marches en béton. Une fois arrivée à terre, mes jambes se déployèrent et je repris mon pas décidé, accélérant le rythme jusqu’au bout de cette descente et entamai le virage vers la gauche. Au coin de mon œil gauche bien qu’il m’offrait une vision floue, je pouvais apercevoir cette silhouette lourde qui dévalait à son tour cette descente. Je me mis à marcher alors encore plus vite comme pour m’en éloigner. De façon soudaine, je me rendis compte que j’allais plus vite pour l’encourager à venir encore plus rapidement vers moi. Et là je sentis des pas galopants derrière moi et des supplications telles que « s’il te plait !, s’il te plait ! » En me retournant, je compris alors, qu’il courait après moi. Sur le moment, je fus lapidée de l’intérieur par des flux d’émotions intenses que j’arrivais mal à comprendre, je pensais à beaucoup trop de chose en même temps. Je me demandais si cela était vrai, si c’était bien lui, l’homme que j’admirais si souvent discrètement, si c’était bien celui dont je craignais ; peur parce qu’il m’impressionnait involontairement. Je le trouvais surtout mystérieux à cet instant. Un tourbillon qui me chavirait l’être. Un tourbillon qui m’était jadis inconnu. Lui qui était derrière, était désormais à mes côtés. Il me demanda alors « Vas-tu jusqu'à la gare ? », oui répondis-je. « Je peux t’accompagner, alors ? » questionna-t-il. « Oh mais oui que tu peux » lui répondis-je d’une assurance que je comprenais mal. Je paraissais oh combien calme de l’extérieur mais j’expérimentais à l’intérieur de moi des virevoltes d’émotions qui étaient fort désagréables. Je commençais à marcher à sa vitesse mais avec grande difficulté je l’avoue. J’allais trop vite et lui s’y prenait trop lentement. Maintenant quand j’y pense, je me dis que j’aurais du aller plus lentement ; j’aurais gagné beaucoup d’heures de plus à passer avec lui. Alors débuta une conversation dont les sujets furent des plus banales ; la politique, les kermesses pendant lesquelles il se déguisait en femme, l’homme qui se rase, la mort du pape Jean-Paul II… L’échange de ces futilités avait toute sa valeur et servait à combler ce temps précieux et à rendre inoubliable cette première marche. J’aimais par-dessus tout, cette spontanéité et cette simplicité grâce auxquelles nos mots bâtissaient à eux seuls une incroyable complicité. Dix minutes et tout semblait avoir déjà été vécu. Depuis, il y eut une séries de promenades linéaires- manoir, gare, gare, manoir! On s’était découvert des compagnons de marche, des compagnons de route. Marchant dans la fraicheur de l’hiver ou sous la pluie sous mon fameux parapluie en piteux état auquel je tenais éperdument, nous semblions n’être que deux sur ce long petit chemin. Au-delà de nos apparences qui différaient en tous points ; lui rebelle gothique et moi gentille coincée, nous étions que deux amis aimant être ensemble, aimant marcher et aimant rire. Pendant ces instants je me sentais écoutée et vivante. Ce fut le cas aussi pour lui aussi je pense. Bien qu’on fût différent dans bien de domaines, il me rendait heureuse. Je restais timide mais je m’ouvrais à lui sans retenue. Étonnamment, ce fut réciproque. On était des amis de route remarquables et on s’adonnait à notre rôle parfaitement. Qu’est-ce que j’aimais nos longues marches ! Je le trouvais chaque semaine encore plus attachant que la semaine précédente et ça, il ne le savait pas et ne le sait toujours pas que cela fut le cas. Mon ami. Les mois passaient jusqu’au jour où il me proposa d’écrire un article dans un des magasines de son collège ; ‘Le Cactus’...

* Un article de moi dans ‘le Cactus’ et parlant de sujets qui me révoltaient et qui me révoltent toujours… l’injustice et la pauvreté. Mon tout premier article. Loin d’être parfait, ce petit document écrit du bout de ma plume, était le contenu de ce que j’avais sur le cœur depuis très longtemps déjà. Mon ami m’avait donné cette opportunité inouïe. Il y eut un échange innocent de numéro de téléphone et je ne pris pas beaucoup de temps pour le contacter pour lui remettre ce que j’avais mis sur papier et lui ne perdit pas de temps pour le montrer à ses collaborateurs d’édition. Ils l’ont accepté, et placé dans ‘Le Cactus’. Mon plus beau des critiques, venait de mon ami. Il demeure encore à mes yeux un grand critique. Il disait toujours en lisant mes poèmes, qui étaient à mon avis de bas niveau, que ma plume effaçait les douleurs du monde car je le regardais d’un regard naïf et enfantin. La naïveté n’est pas un mal selon moi ; ce n’est pas un mal de voir la vie tel un enfant qui croit et voit que tout est beau, que tous sont bons et que tout est possible. Tout n’est qu’une question de dosage! Ce qu’il disait, était toujours beau, lui-même était beau ; il était vraiment un beau personnage digne des pièces de Shakespeare, de Proust ou de Flaubert. Son accent parfaitement travaillé avec subtilité, ses rires cocasses qui me contaminaient et son goût pour la démesure me plaisait fortement. Dans ses délires, il ne demeurait pas moins un être cultivé, qui savait ce qu’il disait et qui croyait en ses théories sur Dieu et le monde. Son opinion comptait souvent, toujours même, car à mes yeux son air rebelle et insouciant cachait un homme sérieux et rempli de bon sens. Terre à terre, il n’avait d’yeux que pour Baudelaire et les grands de ce monde qui ont marqué le monde de la littérature, de l’écriture. Sa passion pour les livres était contagieuse; il me décrivait un livre en quelques phrases et je voulais aussitôt m’en procurer un. Ah ! Il aimait aussi les femmes. Il n’en faisait pas beaucoup d’histoires mais le peu qu’il disait portait à croire que la femme le passionnait. En tout cas lui me passionnait. C’était le seul homme précieux à l’état pur que je connaissais à cette époque, tel un diamant brute, tel que j’aimais. C’était toujours lui qui de semaine en semaine m’épatait, et m’exaspérait à la fois. Lui, était le seul écrivain que je connaissais. Oui, il écrivait aussi, à ses temps perdus, je supposais mais qu’est-ce qu’il était talentueux, brillant! Sans l’aimer, il me plaisait. Tout de lui me plaisait mais j’étais trop timide pour me l’avouer ou le lui faire remarquer. C’était mon ami. Mon compagnon de marche, mon écrivain qui avait couru pour m’attraper, le premier homme à le faire d’ailleurs. Je le trouvais tout à fait remarquable et immense dans son rôle de preux chevalier rebelle et romantique. Il était tout ce qui pouvait pousser mon cœur à accélérer ses battements à chaque fois qu’on se retrouvait sur ce long chemin qui nous abritait. Nous marchâmes ainsi chaque semaine jusqu'à la gare; heureux et empressés d’être au jeudi suivant. On aimait faire ce bout de chemin ensemble. Le rebelle au cœur tendre et la gentille fille qui aimaient être ensemble. On dit que les contraires s’attirent, je dirai même plus ; les contraires s’attachent… Cela dura jusqu'à la fin des cours puis arriva la séparation. On ne se voyait plus. Bien que le détachement fut brusque (comme notre rencontre d’ailleurs), il n’y eut ni ressentiment ni manque car on était après tout qu’amis. * La fin de l’année fut marquée par les examens tant redoutés de la dernière année et l’année qui pointait son nez nous laissait tous perplexes et angoissés ; le stress de l’arrivée des résultats se faisait ressentir. Je me rappelle allant récupérer mes résultats, la boule au ventre et sentant mon pouls au travers de tout mon corps. Les résultats tombèrent et je découvris avec stupeur que j’avais réussi. C’était à ce moment là que je sentis un poids se retirait de moi me procurant un énorme soulagement. Un jour alors que j’étais dans l’autobus pour rentrer chez moi, je décidai d’appeler mon cher ami pour prendre de ses nouvelles et savoir si lui avait réussi. Il prit avec étonnement son téléphone car il ne s’attendait pas à ce que je l’appelle. Hélas ! Il m’apprit qu’il devrait refaire son année. Je fus triste pour lui mais sans plus. A un moment donné je me suis même dit qu’il aurait du être plus sérieux en cours ou arriver au moins à l’heure au manoir. Ceci dit, il me félicita et je l’encourageai. Je ne pensais pas à lui et je pense que lui non plus. Deux mois avaient passé et un jour on reprit contacte. Je ne me souviens plus trop comment et qui contacta son ami le premier mais le contacte avait été fait et je ne regrette rien aujourd’hui. Ce fut l’élément clé de notre histoire. On s’était perdu de vue une première fois, on ne se parlait pas et inconsciemment nos conversations me manquaient. Son charme me manquait. On ne se voyait pas, nos conversations avaient lieu seulement à travers des texto tout simple. Je l’envoyais des ‘bonjour et bonne journée’ le matin. Et des ‘bonne nuit et des ‘fais de beaux rêves’ la nuit. Et il me répondait par des ‘merci’ et des ‘bonjours’ et des ‘bonne nuit’. Il trouvait en ces simples mots un geste gentil et agréable. Il me trouvait gentille. Moi, étrangement j’aimais lui souhaiter tout ça. Tout se passait si simplement si innocemment et si sans prétention. Cette amitié se transformait petit à petit, et cette estime qu’on avait l’un pour l’autre grandissait après chaque message. Pendant ces nombreux et heureux échanges, on apprenait à mieux se connaitre et à s’apprécier encore plus. Les sujets échangés devenaient de plus en plus intimes et les secrets s’estompaient peu à peu. On partageait nos envies, nos rêves, nos échecs, nos peines nos visions et surtout notre amour pour l’humanité. On aurait dit qu’a nous deux seuls, on pouvait changer le monde ou sinon le rendre meilleur. On aimait fortement ces partages au fil desquels on se découvrait et se rendait compte qu’on s’aimait; j’aimais la personne qui me courut après, qui m’aborda sans aucune raison valable et lui aimait qui j’étais car il n’avait jamais vu une fille aussi gentille et intrigante que moi (mon silence l’intriguait, je ne parlais jamais ; rien de semblable aux pimbêches qui parlaient à tout bout de champ durant les cours du grand maitre), et tenez vous bien, il n’avait jamais vu une fille qui ressemblait autant à Cléopâtre (haha!), me disait-il. On était si différent, tel que noir et blanc. Il était athée et moi fervente chrétienne. Il avait un franc-parler que j’aimais, et sa dureté et sa sensibilité ne me laissaient pas insensible. Lui aimait mon grand cœur. Nous nous complémentions car on pouvait s’entendre respirer à travers les mots et on pouvait ressentir ces émotions mutuelles et intenses. Je ne peux cacher le fait que j’avais des questions plein la tête parce que je ne savais pas trop ce qui se passait au-dedans de moi. Je me réveillais juste en pensant à lui, à ne pas oublier de lui envoyer ces petits texto habituels et avec impatience attendais qu’il réponde. Tout aurait du être si clair pour nous pourtant. Tout aurait du paraitre si évident pour nous. Au lieu de comprendre ou d’accepter les faits, on préférait se tournoyer autour de nos peurs, de nos sourires niais et de nos timides confidences. Heureusement d’ailleurs puisque cela nous permit de jouir de cette douce innocence. Tout était si agréablement timide entre nous. Un soir comme tant d’autres je l’envoyai un ‘bonne nuit et fais de beaux rêves’. Il me répondît par un appel. Oui, il m’appelait. J’avais presque oublié sa voix et cette plaisante chaleur qui se dégageait d’elle. Mon cœur à ce moment là ne faisait que battre encore plus vite et je pris finalement l’appel, ahurie. C’était le début d’une longue liste de conversations amoureuses au téléphone. Mais ce soir là, c’était la grande première, celle qui détermina notre futur en tant qu’amoureux et qui concrétisa notre amour. C’était si intense. On se parla pendant des heures, de tout et de rien, on se racontait nos débuts en tant qu’amis, nos marches dans le froid et sous la pluie sous ce parapluie abimé qui nous couvrait à peine. Je me souviens encore de ces débats de ‘comment porter le parapluie, droit ou incliné pour limiter les jets de pluie!’ de pareil moment, il en existe de tellement peu. Sous nos draps respectifs, on chuchotait puisque tout le monde dormait à cette heure. J’appris alors qu’il avait pour lit qu’un matelas et qu’il aimait ça. Je trouvais cela si romantique. Comme quoi être amoureux nous oppose le pouvoir de donner de la valeur à la moindre chose insignifiante. L’entendre chuchoter était encore plus romantique et comble de tout ça on n’arrivait pas à raccrocher et les heures passaient ne nous encourageant pas à mettre une fin à notre conversation. On se laissait prendre par ce désir ne plus jamais éteindre l’étincelle qui s’était allumée. Je comprends enfin maintenant qu’on ne voulait pas se quitter par peur de ne plus jamais avoir l’occasion de se parler comme cela. Cependant on se trompait royalement. Le soleil commençait à faire sa timide apparition quand on décidait enfin d’aller dormir. Etre amoureux ce n’est pas dormir, ne pas sentir ni fatigue ni faim, sourire tout le temps et permettre le temps d’une valse de papillons dans le ventre. Tout compte fait, c’est quand même un peu dangereux d’être amoureux ! Alors la logique mais aussi le cœur disait qu’on devrait se quitter en se disant ‘je t’aime’, mais on n’arrivait pas du tout mais alors la pas du tout à prononcer ces mots qui paraissaient pourtant si simples. Du coup on retardait encore plus notre sommeil. Il y avait un silence pour remplacer ces mots. Il illustrait cette gêne inexplicable d’avouer un amour non attendu. On réfléchissait trop. Finalement il me dît ces mots. Ces mots créant un son unique et savoureux, résonnent toujours dans ma tête. Bien plus tard j’apprenais qu’il avait du prendre son courage à deux mains pour me le dire. Son courage fut payant car je lui retournai un ‘je t’aime’ des plus sensuels ! Alors, on alla se coucher chacun de son côté, lui sur son matelas et moi dans mon vieux lit. Mon cœur était encore très sensible et je pense que ce fut le cas pour le sien aussi. C’était un moment irrésistible. Comment pouvait-on encore arriver à dormir après ça ! Notre première conversation ce jour-là laissa un gout délicat sur mes lèvres et mon cœur ; ils s’étaient imprégnés de ces parfums délicieux qui s’émanaient de ces mots, tellement que je peux encore ressentir mon cœur trépigné au-dedans de moi rien qu’en écrivant ces mots. Ce fut là le début d’une belle histoire d’amour qui commençait ; notre première et notre plus grande histoire d’amour.

* On décidait maintenant quand est-ce qu’on pourrait se voir après de longs mois d’attente et de ‘fréquentages’ téléphoniques. Notre tout premier rendez-vous en amoureux. Tout cela semblait tellement irréel. Je n’avais qu’une chose en tête ; le voir, pouvoir le toucher même un peu et revoir ses cheveux ébouriffés s’envoler dans le vent. Apres sept mois de séparation, je n’avais aucune idée de comment il était devenu et j’appréhendais fortement notre rencontre. J’avais peur qu’il soit déçu en me voyant, j’avais peur qu’il découvrit que la personne avec qui il parlait durant ces cinq derniers mois ne coïnciderait pas avec ce qu’il verrait. Toute une myriade de questions qui me poussait à reporter notre rencontre. Mais je ne le fis pas. On se donna donc rendez-vous sur cette gare qui était jadis notre destination amicale, devant une petite échoppe qui s’appelait, tenez-vous bien, ‘Paul et Virginie’. Croyez-moi ou pas mais tout portait à croire que notre histoire était déjà écrite depuis bien longtemps. Ce samedi là, j’étais angoissée et je ne pouvais pas m’empêcher d’inspirer et d’expirer, façon yoga mais profondément et de bouger dans quasiment tous les sens tant j’étais stressée. J’attendais. Dix minutes avaient passées mais toujours pas mon amoureux. Il avait sans doute gardé cette habitude d’arriver en retard. Comment le savoir ? Je n’avais pas mon portable sur moi. Une trentaine de minutes après je décidai d’aller faire un tour. Je ne savais plus quoi penser et je me disais que ce n’était peut-être pas le bon moment pour qu’on se voie. Après mûre réflexion, je pris mon chemin vers l’église exaspérée et triste. J’avais trop redouté et attendu ce moment qu’à cet instant je sentis la frustration m’engloutir. Tard dans l’après-midi, en rentrant chez moi, je ne perdis pas de temps, pris mon téléphone et l’envoya un message. Je restai débitée lorsqu’il me dit qu’il était bien là, tout près de ‘Paul et Virginie’. C’était impossible qu’il fût à cet endroit puisque j’y étais. Au fil de notre conversation, on découvrit avec surprise et agacement qu’on ne parlait pas du même ‘Paul et Virginie’. J’ai attendu quarante-cinq minutes devant l’échoppe qui s’appelait ‘Paul et Virginie’ alors que lui m’attendais devant la statue de ‘Paul et Virginie’ qui se trouve dans le jardin de la mairie de la ville qui se trouve non loin de la gare. Mon Dieu ! Quelle confusion ! On était tous deux déçus. Et dire qu’on était si près de l’un l’autre. Cette situation bien cocasse voulait peut être dire que ce n’était pas encore le bon moment pour nous de nous retrouver. On en riait. C’était comme une rencontre ratée organisée par le destin mais qui était la preuve que notre histoire n’était pas comme les autres. C’était notre seule consolation durant cette soirée. Apres les explications et maints échanges de banalités, nous décidâmes de faire une autre tentative. On espérait que cette fois-ci ce serait la bonne car après tout on le méritait largement. Notre patience devait être récompensée. Il nous fallait donc décider quand auraient lieu nos retrouvailles et se mettre d’accord sur le jour et l’endroit. Il nous était interdit de commettre la même erreur, alors nous décidions de nous voir sur le banc qui se trouvait en face de la statue de ‘Paul et virginie’ du jardin de la mairie. Ce dont on était sur c’est que ce serait un samedi et qu’on s’était promis une rencontre de folie. (On savait quand même qu’elle serait moins audacieuse que cela). On rêvait beaucoup. Ce jour là, je portais une petite robe en jean avec une ceinture en jean aussi avec une boucle comme pour ajouter de la matière à ma tenue. Je m’étais lavé les cheveux, pour les assagir et les rendre plus accueillants ; il les verrait pour la première fois libres de toutes attaches, bouclés mais surtout imprégnés d’un doux parfum vanillé qui volerait à ses narines aux moindres contactes. Je me disais, « pourvu qu’il ne porte pas son grand manteau noir ou son fameux t-shirt Marylin Manson ! pourvu qu’il me trouve belle ! » Arrivée au jardin, je le remarquai au loin sur les lieux. Je poussai un soupir de soulagement car, quand même, pas trace de lugubre accoutrement sur lui, mais aussi un soupir pour apaiser toute cette tension qui pesait lourd sur mes épaules. Notre rencontre fut magnifique. Je n’oublierai jamais la peur qu’on éprouvait à cet instant, ni la pruderie de notre embrassade et le retenu avec lequel nous causâmes. Notre marche fut moins bavarde qu’avant et moins déterminée. Il subsistait là, un étrange phénomène; on recommençait, tel qu’on écrirait sur une page vierge, une autre partie de notre histoire tout en respectant le même schéma de notre première rencontre dans le petit chemin. * « Tu es l’homme de ma vie » la phrase qui le fit chavirer et le rendit encore plus amoureux de moi. Je le pensais, je le ressentais au plus profond de mon être si fragile. Bien qu’on fût différent en tout, on avait au moins une chose en commun ; on s’aimait. On parlait du temps et du bonheur, du passé et du futur, d’enfant, de Mangas et d’église. Il me disait que les dimanches, il resterait au lit avec nos progénitures pour regarder des séries de Mangas pendant que moi j’irais à l’église. Ceci fut la cause de nos fréquentes disputes amicales et qui nous faisaient bien sourire malgré tout le sérieux de l’affaire. Rien ne nous lier autant que l’amour. Je me rappelle comme hier le jour où il me proposa d’aller au théâtre. C’était à l’occasion du Festival de Theatre organisé par les collèges. On avait ça aussi en commun ; la passion pour le théâtre et la musique classique! Alors ce fut un mardi, je me rappelle que j’étais encore à la maison, toujours pas de boulot et lui complétait son année scolaire. Il m’invita au théâtre où joueraient trois pièces, pour voir comment se passer les répétitions et les mises en scènes. En arrivant, j’étais captivée par l’endroit et j’eus l’occasion de voir les coulisses ainsi que d’entendre certains de ses potes, des comédiens au talent fou, hurler leur texte sous une horde de ricanements! Comme quoi l’humour avait raison du stress. Ce monde qui m’était avant inaccessible, me souriait désormais. Puis nous entrâmes dans cette grande salle où se dérouleraient les pièces ; une panoplie d’acteurs en herbe s’y trouvait ainsi que les metteurs en scène et les créateurs de ces chefs-d’œuvre qui n’étaient alors inconnus. Nous nous installâmes au milieu du lieu comme pour mieux observer les moindres mouvements de ces individus que je considérais alors intouchables et admirables. Une grande timidité et une pudeur palpable se présentaient entre nous; nous n’avions pas encore eu le courage de nous tenir par la main, même pas un baiser ne fut de la partie depuis nos déclarations amoureuses. Nous n’étions que des compagnons de marche et ce virement radical de sentiments nous empêchait, bien malgré nous, de franchir le pas- d’agir en amoureux. Cette atmosphère bonne enfant durait au fil des dialogues et des prouesses théâtrales des comédiens qui, malgré leur jeune âge, jouissait d’un talent indiscutable. Tous deux, les bras croisés, demeuraient ébahis devant eux mais surtout, ils étaient croisés et serrés à cause du froid qui régnait en maitre dans la salle. Il faisait monstrueusement froid. C’était le début de l’hiver mais la climatisation, je peux vous l’assurer, nous offrait gratuitement un air des plus glacial. Sans le savoir, à cause de la fraicheur peut-être, je me suis retrouvée à glisser mon bras droit dans le creux que formait son bras gauche contre sa taille, avec une tendre spontanéité. Car vraiment je mourais presque de froid ma parole ! Il soupira et me fixa d’un regard ébahi car grande fut sa surprise, tout en me demandant « Tu as froid ? ». Mais bien sûr que oui ! Et là, il y eut comme une renaissance entre nous. Il me tenait la main en la frottant continuellement comme pour la réchauffer et pour réchauffer la sienne. J’avais brisé la glace de l’amitié ! Comme j’étais fière de moi, comme j’étais heureuse d’avoir commis cet acte impensable mais combien grandiose ! C’était comme une revanche ; lui qui fut le premier à me dire bonjour et à courir après moi, moi je fus la première à lui tenir le bras. J’étais heureuse et lui soulagé, heureux et encore plus amoureux. Il m’avoua après qu’il voulait le faire dès notre arrivée, mais qu’il n’osait pas. Je l’impressionnais trop et le rendait un peu trop nerveux pour qu’il puisse faire ce pas de géant. Qui l’eut cru ; j’impressionnais le rebelle. Mon rebelle au cœur tendre. Ainsi, nous restâmes durant toute la répétition, en espérant que celle-ci ne prenne jamais fin…

* Arrivant en Sherwani noir en coton, jeans bleu délavé, sandales indiennes aux pieds, avec des cheveux en bataille (pas coiffés comme à l’accoutumée), et barbe de deux jours, ce grand bonhomme qui avait su gagner mon cœur, fit, à mon sens, une entrée magistrale dans la salle de théâtre. Ce tableau fort plaisant à ma vue, aussi parfait que l’amour que je lui portais, me fit immédiatement oublier les trente longues minutes d’attente. Arrivée plus tôt, je l’attendais avec une appréhension infiniment grande. Je ne savais pas comment serait notre rencontre après mon sacré culot de l’avant-veille. Mon geste avait fait qu’on passerait à une autre étape de notre histoire; je craignais juste la suite de ce début si puérile. Perdue dans mes réflexions et percutée par ces insupportables spasmes au ventre (dû aux papillons et au stress), je n’avais pas constaté qu’il était si essoufflé et en sueur, le pauvre ! Il avait couru pour arriver à l’heure et pour ne pas manquer une minute de sa rencontre avec moi. Désappointé, lorsqu’il eut connaissance que j’étais là depuis un bon nombre de minutes déjà. Quant à moi, j’étais sobrement vêtue, et m’assurais que mes cheveux soient lâchés et parfumés de manière délectable. Une joie immense nous envahissait à ce moment là et nous fîmes une embrassade timide et délicate avant d’entrer dans la salle. Bien que nous voulions se mettre au même endroit que lors des répétitions, nous nous retrouvâmes trois rangées de siège un peu plus haut. Cela ne nous empêcherait pas d’apprécier les instants qui suivraient ; puis tant qu’on était ensemble, plus rien n’avait d’importance. Dix minutes plus tard, la salle était déjà bondée et le festival ne tarderait pas à commencer. Il faisait toujours aussi glacial et on se demandait comment allions nous pouvoir supporter ce froid pour les trois prochaines heures. Je me sentais moins culotée et je décidai de rester la plus naturelle possible malgré la tension qui montait lentement en moi car je ne savais pas de quoi les prochaines minutes seront faites. Quand tout à coup, je sentis ses doigts se glisser entre les miens. Cela fut d’une telle infime délicatesse que je n’eus même pas le temps de réaliser ce qui se passait. Le monde autour de nous avait arrêté de respirer, comme être dépourvu de tout mouvement. Dans cette salle si froide, si glauque, deux petits êtres dont la pudique passion parlait d’elle-même; ils savouraient ce moment si onctueux… *

Je tiens tout simplement à dire que, ce regard plongeant et intense, je ne l’oublierai jamais. « M’aimerais-tu encore quand je serai vieille et ridée ? » « Oh bien non, amour de ma vie, quand même ! » « Oh ! » lui répondis-je alors indignée. « Bein moi, je t’aimerai toujours, même quand t’auras des cheveux blancs et que tu seras sans dents. » « Hmmmm ! Ma chère, saches que je ne perdrai jamais mes dents. Je serai un vieux mais avec toutes ses dents ! Haha ! » Nous plaisantâmes ainsi tout le temps, toutes les fois que l’humour grisâtre de monsieur nous le permettait. Il y avait la une innocence pure et simple, sincère, fidèle à nous-mêmes, carpe diem… hors blague, il tenait vraiment à ses dents bien blanches, ainsi qu’à ses cheveux, et à son bedon que j’aimais particulièrement tripoter en l’appelant d’une manière enfantine mais amoureusement, ‘mon nounours’. Un petit bedon que je lui demandais de toujours garder alors que lui et sa fierté d’homme, son orgueil de mâle, le poussait à avoir ce besoin de le faire disparaitre à jamais. Il me demandait toujours ce que je pouvais bien trouver, à ce petit bedon. Alors je lui répondais par « mais toi, qu’est ce que tu trouves de beau avec mon grand front ?» Son silence laissait alors place à un léger ricanement pendant qu’il se penchait pour offrir à ce grand front un tendre baiser. Aimer, c’est aussi aimer les petites imperfections de l’autre et se régaler de ce que l’autre n’aime pas. Toute la beauté de l’amour se trouve dans ces petites attentions auxquelles nous accordons la plus grande importance. Aimer c’est aussi trouver beau ce que l’on considère généralement hideux. Lui et moi étions l’exemple même de cet amour parfait dans l’imperfection. Je me rappelle toujours de son air suspicieux ; il plissait sont petit front et faisait joindre ses sourcils pour me demander ce que nous serions dans un, deux, trente ans. Tout n’était cependant pas si rose. Notre relation était parsemée de doutes et de peurs. On ne savait effectivement pas ce que notre futur ensemble serait fait. On menait notre vie amoureuse chaque jour, essayant de ne pas se soucier du lendemain. Mais la vérité nous attrapait toujours et bien souvent, sans crier gars. Elle pointait sous notre nez ce fait si difficile à accepter ; on n’était pas fait pour être ensemble mais pour s’aimer seulement. Mon Dieu, que cela nous faisait mal. On essayait à tout prix d’éloigner cette vérité de nous, on voulait croire à une vie ensemble, à s’aimer à tout rompre, à s’aimer comme respirer. * Notre amour était composé de départs, de retrouvailles, de baisers volés, de tromperies, telle une tempête qui ne pouvait s’apaiser. En neuf ans de séparations et de vie chacun de son côté, nous nous retrouvâmes plusieurs fois par pur hasard ou simple tour du destin et nous nous soumettions à cet amour passé. Nous nous inclinions même devant cette passion qui nous consumait lentement. Des étreintes sensuelles dans une voiture, dans une salle de classe, sur un parking alors que la pluie battait son plein. Nous tombâmes dans un cirque, un cercle plus que vicieux qu’on appellerait péché. Mais se retrouver à chaque fois après de longs moments, nous forçait à revivre cet amour qui semblait être à jamais inexhaustible et à commettre de beaux actes comme si c’était nos derniers moments, ensemble. Nous nous livrâmes alors à une tendresse sauvage que nous seuls pouvions susciter et comprendre, que seul deux êtres aussi épris de l’un l’autre pouvaient savourer à pleine bouche et à plein corps, je dirai! Des enlacements voluptueux et généreux se changeaient rapidement en perte de vue ; chacun pour soi et puis repartie dans le tourbillon de la vie. Des retrouvailles et des fuites- telles étaient désormais nos répliques dans cette pièce qui composait nos vies. Ceci me fait rappeler les paroles de Roland Brival* ; « La vie n’est que théâtre. Un théâtre de la Peur où se joue le perpétuel recommencement de nos fuites et de nos égarements. » Effectivement, entre lui et moi naquit un perpétuel ‘rite de passage’ inopiné et bien fréquent. Il est maintenant qu’un ombre qui passe de temps en temps devant cette fenêtre qui représente ma vie, mais sans y entrer. Tout de suite là, une image me parait ; ses passages dans ma vie actuelle sont identiques aux passages des tornades qui chamboulent tout sur leur passage ! * Aujourd’hui, c’est un homme totalement barbu, amaigri et assagi que je découvre. Quoique pour moi, il reste toujours le même. Quand je me pâme devant cette frimousse si chère a mon cœur et à ma vie, je ne peux qu’acquiescer un sourire sur mes lèvres. Je sens même mon cœur sourire de l’intérieur. L’homme que j’ai aime il y a dix ans est reste intacte bien malgré les changements drastiques qui l’ont frappe. Est-ce cela le vrai amour ? Je souris parceque cette nouvelle image de lui ne change en rien a ce que je ressens pour lui. Je decouvre non avec stupeur la meme admiration a son egard, pas pour l’homme qu’il est devenu mais pour ce sentiment si particulier ; je l’aime toujours autant. Je me pose certes des questions telles que comment cela peut etre possible apres tout ce temps. Pour moi, il n’a pas pris une ride, il n’a pas change. Il faudrait etre aveugle pour ne pas voir la difference chez l’autre.


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