La Chatte Jedi

Reads: 129  | Likes: 0  | Shelves: 0  | Comments: 0

  • Facebook
  • Twitter
  • Reddit
  • Pinterest
  • Invite

Status: Finished  |  Genre: Horror  |  House: Booksie Classic

Dans la maison d'un jeune couple, des choses étranges arrivent à leur chatte Jedi. Elle n'est plus dans son état normal.Le voisin, un vieux monsieur étrange, y serait-il pour quelque chose?

La Chatte Jedi


par Bruno Roggen

 


Un matin de septembre, Wivine eut un sentiment désagréable en regardant leur chatte Jedi.
 

“Tu as quand même amené Jedi chez le vétérinaire Declairière il y a trois mois pour qu'elle soit stérilisée, n'est-ce pas ?” demanda-t-elle à son mari.
 

Wivine plissa son front. Son souffle se coupa, comme si elle avait une crise d’asthme. Elle serra les mâchoires. Son mari Thomas Lesimple grimaça. Un frisson envahit Wivine.
 

"Bien sûr que je l'ai fait,” lui répondit son mari. “Tu m'as même aidé à mettre Jedi dans sa cage pour la transporter.”
 

“Je m'en souviens, Thomas,” lança Wivine. “Mais ce que je te demande, c'est ceci : lorsque tu as amené Jedi chez le vétérinaire pour cet examen général, lui as-tu dit de la stériliser ? Tu n'as quand même pas oublié, j’espère? Ou, pire, peut-être as-tu dit au vétérinaire que nous voulions que Jedi se reproduise?”
 

“Je… Pourquoi m’accuses-tu soudain, Wivine ?
 

“Parce que... soit tu as fait quelque chose, Thomas, soit tu ne l'as pas fait. Soit tu as oublié ce que je t'ai demandé, soit tu as suivi ton propre chemin derrière mon dos.”
 

“Que veux-tu dire en fait ?”
 

Thomas n'osa pas regarder Wivine dans les yeux. Il se frotta les mains, les mit en coupe, les porta à ses lèvres et y inspira son souffle chaud. Wivine retroussa ses manches, comme si elle voulait l'attaquer. Elle le voulait, mais avec des mots.
 

Entre-temps, Jedi appuya plus fermement ses pattes gris souris contre le dessus de la table. Elle enroula sa queue sous elle. Un œil était à moitié fermé, l'autre œil restait ouvert. Son regard la maintenait dans un état mi-sommeil, mi-supervisant. Elle avait l'air plus grosse que d'habitude, comme si elle venait de manger une souris ou...
 

"Jedi est enceinte, j’en suis sûre,” dit Wivine plutôt méchamment. "Inutile de le nier, monsieur, je le vois bien."
 

Thomas secoua la tête et fourra ses mains dans ses poches. Peut-être que cela l'aidait à se réchauffer, ou à cacher qu'il était gêné… Il lui fallut quelques secondes pour enregistrer les paroles de Wivine.
 

“Elle ne peut pas l'être. Elle est…."
 

"Stérilisée? Non. Ce n'est pas ce que le vétérinaire a dit cet après-midi quand je l'ai amenée pour son traitement contre les puces. Ce n'est pas ce que montre son échographie. Ce n'est pas ce que révèle son test sanguin. Notre chatte est enceinte et dans moins d'un mois, nous aurons de jeunes chatons.”
 

“Tu le penses vraiment, Wivine ?”
 

“C’est certain. Le vétérinaire Declairière m'a montré l'échographie. Quel chat est le père des chatons qu’elle attend? Jedi ne peut pas tomber enceinte normalement, car c'est une chatte d'intérieur."
 

“De quoi m'accuses-tu vraiment ?” demanda timidement Thomas.
 

"Non seulement tu n'as pas fait stériliser notre chatte, mais il y a peu de temps, tu as oublié de fermer la porte d'entrée et le matou d'un voisin s'est faufilé et a fécondé notre chatte."
 

Wivine mit sa main à sa bouche, pensant à une possibilité encore pire: “Ou pire, un chat sauvage venu du bois l'a fait. Non, non, non, je ne veux en aucun cas de jeunes chatons sauvages chez moi.”
 

Thomas creusa sa mémoire. Normalement, il ne laisserait la porte ouverte que quelques minutes lorsqu'il allait chercher quelque chose dans sa voiture, ou amenait quelque chose dans le cabanon de jardin. Jedi n'avait jamais couru après lui. C'était une vraie chatte d’intérieur et elle restait autant que possible  dans la maison. La porte restait parfois ouverte, mais pas assez longtemps pour que le chat d'un voisin entre, trouve Jedi, s’accouple  à elle, puis reparte avant que Thomas ne referme la porte.
 

“Je n'ai laissé entrer aucun chat, Wivine. J’en suis sûr et certain."
 

Et pour autant qu'il sache, le seul voisin avec un chat dans leur quartier à Lustin était l'étrange Geoffroi Poupard qui vivait dans le vieux manoir dans le petit parc négligé derrière leur maison. C'était autrefois une belle maison. Dans la façade il y avait une brique de pierre bleue qui montrait qu'elle avait été construite en 1912, donc juste avant la Première Guerre mondiale. La maison avait donc plus d'un siècle, patinée et battue par le soleil, la pluie et le vent.
En fait, beaucoup de gens dans ce quartier prestigieux de Lustin considéraient la vieille maison un peu délabrée comme un coup de poing dans l'œil de leur quartier avec des fermettes et des villas bien entretenues dans toutes sortes de styles. Avec ses petites fenêtres, les tentures constamment fermées, une obscurité presque éternelle remplissait la maison autrefois si bien entretenue. Des bougies étaient allumées souvent derrière les rideaux gris le soir, mais il n'y avait jamais de lumière électrique. Environ une fois par mois, Wivine et Thomas voyaient leur voisin âgé sortir et conduire sa vieille Mercedes ‘Heckflosse’ des années ‘60 hors du garage pour aller faire des courses au grand Carrefour à Wépion, mais à part ça, Geoffroi Poupard restait toujours enfermé à l'intérieur de sa grande demeure.
Poupard était un homme maigre, imposant, avec une barbe grise assez grande pour qu'un oiseau y construise son nid, d'épais sourcils gris et de longs cheveux argentés assortis. Les voisins de Wivine et Thomas n'avaient jamais eu de contact avec Poupard non plus. Le vieux monsieur mystérieux était un sujet de conversation favori lors des barbecues et des fêtes de quartier, bien que personne ne sache beaucoup de lui. Tout ce que les voisins disaient n'était que pure supposition.
Geoffroy Poupard avait également un chat. Celui-ci avait une couleur étrange, quelque chose entre le jaune et l'orange. Pendant la journée, il était assis ou dormait sur le rebord de la fenêtre avec les tentures sombres dans le dos. Comme son maître, il ne s'aventurait jamais dehors…

 

Thomas regarda Wivine. Une nuance bleuâtre de rouge à lèvres maculait les lèvres de se femme. Puis, ses yeux se posèrent sur Jedi. Son ventre semblait s'être dilaté à la dernière minute, comme un ballon gonflé. La surprise que leur chatte soit enceinte et le stress des accusations et des absurdités que Wivine débitait avaient troublé l'esprit de Thomas.
 

“Qu'allons-nous faire donc ?” demanda Wivine avec un soupçon d’amertume dans sa voix.
 

Thomas ne sut pas quoi lui répondre. Gêné, il frotta le tapis de ses chaussettes. L'espace entre ses chaussettes et le tapis scintilla momentanément en bleu et vert d'électricité statique. Cela ne réchauffa pas le froid que Thomas ressentait de la part de sa femme, cependant. Il continuait à se sentir mal à l'aise, car Wivine n'arrêtait pas de divaguer :
 

“Je veux que nous trouvions ensemble ce qu'il faut faire à propos de ce problème, et je veux savoir pourquoi tu n’as pas fait stériliser Jedi.”
 

Thomas grimaça. Un grognement sourd de Jedi détourna son attention. Il ne l'avait jamais entendue grogner de cette manière auparavant. Curieusement, elle grogna sans ouvrir la bouche. Les chatons qu'elle attendait faisaient-ils ce bruit ? Les chatons fœtaux pourraient-ils faire cela? Et même s'ils faisaient du bruit, ces sons seraient-ils entendus en dehors de l'utérus ?
Thomas cligna des yeux pour s'éclaircir les yeux et secoua la tête pour ouvrir ses oreilles et entendre plus clairement. Le grognement continua, plus fort cette fois, de l'intérieur du chat.

 

"As-tu entendu ça?" demanda-t-il à Wivine.
 

“Entendu quoi ? Ce que je n'ai pas entendu, c'est une explication ou des excuses de ta part,” lui répondit Wivine. “L'échographie du vétérinaire montre cinq chatons. Cinq, Thomas! Nous ne pouvons pas les garder tous ici.”
 

Wivine tapa du pied avec colère sur le tapis. Le ventre de Jedi ondulait comme si les chatons à l'intérieur réagissaient aux vibrations.
 

"Nous pouvons les donner," Thomas essaya de calmer sa femme. “Jedi est une belle chatte. Ses chatons le seront aussi. Trouver des candidats pour ces jeunes chats ne sera pas un problème."
 

Mais ses dents claquaient un peu, faisant sonner ses mots faux et comme des phrases incohérentes. Thomas aimait les chatons. Il se souvint de l'époque où Jedi n'avait que quelques semaines lorsqu'elle tenait dans la paume de sa main, une douce boule de fourrure, mignonne et ronronnante. Il était amoureux d'elle et elle de lui. Elle le suivait partout sauf dehors. Elle dormait à côté de lui et grimpait sur sa jambe jusqu'à son épaule, où elle restait pendant qu'il se déplaçait dans la maison.
Au fur et à mesure que Jedi passait de chaton à chatte, leur affection mutuelle s'approfondissait. Jouer avec la chatte après le travail était le moment préféré de la journée de Thomas. Et maintenant, elle était tombée enceinte d'une manière ou d'une autre... Aurait-elle des chatons gris souris comme Jedi elle-même, ou ses gènes se combineraient-ils avec ceux du père et créeraient-ils des chatons multicolores ?
Thomas trouvait ça excitant d'y penser et encore plus excitante l’idée de voir enfin les chatons. Mais son cœur se brisa. Wivine avait raison : ils ne pouvaient pas garder cinq chatons, plus Jedi elle-même... Ou le pourraient-ils quand même? Pourquoi pas?

 

"Eh bien ? Pourquoi ne dis-tu rien ? Tu te sens très bien avec la situation comme elle est, n'est-ce pas ?" Wivine mit ses mains dans ses hanches et forma ainsi deux triangles avec ses coudes saillants, exprimant sa colère . Elle tapa du pied sur le sol.
 

"Je sais," réagit faiblement Thomas. “Je ne l'ai pas fait stériliser. Mais, je te dis en toute honnêteté que cela ne m'est jamais venu à l'esprit d’avoir des chatons de Jedi.”  
 

Jedi remua et grogna à nouveau, les yeux grands ouverts. Son ventre grondait fort comme s'il y avait du tonnerre dedans. Ses oreilles battaient d'avant en arrière. Pour une quelconque raison, Thomas pensa que c'était le geste le plus humain qu'elle ait jamais fait. Jedi tapota sur son ventre de sa patte gauche. Elle savait qu'elle était enceinte. Puis la chatte hoqueta. C'était quelque chose d'autre qu'elle n'avait jamais fait auparavant.
 

“As-tu entendu le hoquet de Jedi?” demanda timidement Thomas.
 

“Un hoquet ? Qu'est-ce que tu dis ? On parle du problème avec notre chatte.”
 

“ C'est ce que je viens de dire. Regarde-la, chérie. Elle est enceinte, sur le point d’avoir ses petits. Je ne le nie pas. Bien que je ne connaisse pas grand-chose aux grossesses félines, comme elle se comporte, cela ne me semble pas normal."
 

Wivine regarda son mari avec un regard plein de colère. Essayant de la calmer, Thomas attrapa son bras et desserra l'un de ses triangles. Puis, il tourna la tête vers Jedi, qui était maintenant passée de la table au canapé. Un grognement distinct résonna dans le ventre de la chatte.
Soudain, Jedi poussa un long cri perçant.

 

“Oh ! Cela ne me semble pas normal,” dit Wivine. “Qu'est-ce qui ne va pas avec elle ?”
Thomas s’approcha de Jedi et lui caressa la tête. Elle frotta sa tête contre sa main.

 

"Il y a quelque chose qui tourment notre chatte." dit-il, plus pour lui-même que pour Wivine. Il s'agenouilla de façon à ce que ses yeux soient au niveau de ceux de Jedi.
 

“Est-ce que ça va, ma petite ?” demanda-t-il, inquiet. La mâchoire inférieure de Jedi pendait et sa langue tremblait. Ses moustaches pointaient vers l'avant, les pointes visaient Thomas comme des poignards. Les poils de sa fourrure se dressèrent tout droit. Jedi pleura et une multitude de gémissements accompagnèrent les hurlements qui venaient de  son intérieur.
 

Puis Jedi cria si fort que Thomas eut l'impression que les vitres tremblaient. Le lampadaire dans le coin du salon vacilla quelques secondes. Le visage de Wivine devint livide, tellement  elle était surprise.
 

Puis Thomas fut surpris à son tour. Quelqu’un frappa à la porte d'entrée. Le gémissement perçant de Jedi attira leurs yeux vers le chat. Dans un instant qui défiait toute imagination, Jedi expulsa cinq objets, comme des projectiles tirés d'un canon. Ce n'étaient pas des chatons, du moins pas comme les chatons normaux sont faits par la nature. Les créatures auxquelles Jedi donna naissance avaient des têtes de chat, mais au lieu de pattes de chat, leurs membres avaient six segments bruns grêles, comme des pattes d'araignée. Celles-ci étaient terminées, non par des ongles de chat normaux, mais par des griffes crochues en acier brillant. Une paire de mâchoires rouges sortant de la bouche des jeunes chats s'ouvrait et se refermait en ciseaux, faisant un bruit de craquement à chaque fois qu'elles s'ouvraient...


Jedi sauta du canapé et s'enfuit de la pièce dans le hall de la maison. La porte d'entrée s'ouvrit et Geoffroi Poupard entra. Comment cela se pourrait-il? La porte était fermée à double tour et verrouillée. Les yeux bleus brillants du vieil homme barbu lui donnaient un air de jeunesse, mais les rides et les taches brunes sur son visage indiquaient un homme bien au-delà de son âge.
Poupard tenait un bâton pointu en guise de canne dans sa main gauche. Les cinq créatures nouveau-nées sautèrent du canapé et coururent avec un cliquetis vers le voisin. Elles sautèrent dans ses bras, se blottirent contre son corps, en ronronnant bruyamment d’un son métallique.

 

Geoffroi Poupard pencha la tête et dit avec un sourire radieux à Wivine:
 

"Merci, ma belle, de m'avoir apporté ces adorables bébés."
 

Les créatures étranges grimpèrent sur lui. Deux étaient assises sur ses épaules, l’une sur sa tête et il tenait les deux autres dans ses bras. Leurs queues remuaient et leurs mâchoires craquaient et cliquaient en l'air.


Poupard s'appuyait sur sa canne pointue et s'adressa à la femme de Thomas: “Comment te sens-tu, Wivine chérie?”


Sa voix était grave et rauque, son ton neutre. Les créatures regardèrent Wivine. Celle-ci porta sa main à son ventre. À sa grande consternation, Thomas vit une légère bosse là où le ventre de sa femme avait été plat ce matin-là.


Il commença à poindre sur Thomas Lesimple qu’il avait effectivement laissé la porte d’entrée ouverte. Mais non seulement le matou de Poupard était entré par là. Son maître aussi. Thomas ne devait même pas deviner ce qui s'était passé ensuite…


© Bruno Roggen, Anhée, 2021


Submitted: September 25, 2021

© Copyright 2021 impetus. All rights reserved.

  • Facebook
  • Twitter
  • Reddit
  • Pinterest
  • Invite

Add Your Comments:


Facebook Comments

More Horror Short Stories

Other Content by impetus

Short Story / Romance

Short Story / Romance

Short Story / Romance