Le Rêve d'Ange

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Status: Finished  |  Genre: Romance  |  House: Booksie Classic

Une fille d'âge nubile a des rêves romantiques concernant son avenir. Elle a bien un ami, mais celui-ci se montre réservé et distant. Changera-t-il d'attitude et remplira-t-il le rôle qu'Ange a prévu pour lui dans sa vie?

Le Rêve d’Ange


par Bruno Roggen


Photo de couverture: Max Harlynking


Quelle jeune fille ne rêve pas ? Ce dont les filles rêvent peut être très différent. Pour Ange, ses rêves étaient en fait des souhaits qu'elle n'osait dire à personne. Peut-être que ces vœux secrets n'étaient pas différents de ceux d'autres jeunes femmes en âge de se marier. Pourtant, Ange les gardait pour elle et les chérissait chaque jour. Elle gardait le silence à ce sujet, car elle avait peur que quelqu'un se moque d'elle si elle racontait ce qu'elle faisait dans ses rêves…
 

Maintenant, elle était à Namur dans la Rue de la Croix au magasin Mephisto qui proposait une grande collection exclusive de chaussures. Des escarpins couleur cognac de Dries van Noten lui crevaient les yeux. Ils étaient proposés à prix réduit. À l'origine, ils avaient coûté 550 euros, maintenant l’on pouvait les avoir pour 385. C'était une offre intéressante, mais peu importe à quel point Ange aimait ces chaussures, 385 euros était un montant bien trop élevé pour qu'elle les dépense en chaussures, même si elles étaient belles et exclusives.
 

Ange rêvait du jour où elle porterait ces beaux talons hauts et une robe de mariée. Dans son rêve, elle épouserait Pierre. Il travaillait dans la cuisine du restaurant Lunch Garden au Carrefour de Wépion. Il y retournait des hamburgers sur une taque pendant qu'ils cuisaient, et il mettait également de nouveaux poulets sur la broche rotative.
 

Ange elle-même travaillait aussi : elle faisait de la couture au ‘Paradis des Retouches’ de Madame Neukerque dans la Rue de Virenval à Maizeret, en compagnie de quatre autres couturières. L’atelier comptait comme clientes de nombreuses dames de Namur qui voulaient que leurs vêtements soient adaptés à leur figure ou raccourcis.
 

Se marier avec Pierre, cela restait un rêve pour Ange. Lui et elle n'étaient que des amis. Ou, en fait, même pas des amis, mais des connaissances. Ils bavardaient un peu lorsqu'ils se croisaient quelque part, ou allaient au cinéma Acinapolis à Jambes dans le week-end.
 

Ange avait toujours gardé un œil attentif sur Pierre. Ses yeux s'attardant sur elle lui avaient toujours manqué alors qu'elle voletait coquettement dans un café, bavardait avec d'autres connaissances ou lui achetait un cornet de frites chez Gwenaëlle à Anhée ou dans une autre friterie. Lorsque Pierre mangeait des frites, cela le rapprochait d'elle, pensait Ange. Quand il faisait ça, surtout quand c'étaient des frites avec de la sauce tartare, il avait une lueur spéciale dans ses yeux quand il la regardait. Mais à part un remerciement, elle n'avait jamais eu beaucoup de réaction de la part de Pierre. Ange aurait adoré que Pierre l'embrasse sur la bouche avec son cornet de frites à la main, même si ses lèvres était grasses à cause de la sauce tartare...
 

Dans l’atelier de couture à Maizeret, Ange travaillait plus dur que les autres membres du personnel, mais elle faisait toujours paraître ses tâches faciles. Sa patronne, Madame Neukerque, avait des yeux dans la tête. Elle voyait qu’Ange faisait plus de retouches en une journée que n’importe laquelle des autres couturières, et qu'elle les finissait généralement mieux. Madame Neukerque ne voulait pas perdre cette employée consciencieuse. Ainsi, Ange obtint une augmentation de salaire et elle eut une plus grande part des pourboires que des clientes satisfaites donnaient à sa patronne.
 

Ange n’était pas radine, mais elle a assidûment économisé l'argent dont elle n'avait pas besoin qu’elle avait obtenu de cette manière. Elle était dans l’espoir qu’elle aurait un jour ce mariage de rêve auquel elle pensait presque tous les jours. Peut-être pas avec Pierre, parce qu'il était si réservé et si calme, pas du tout passionné… Parfois, Ange doutait même qu'il ait des sentiments pour les femmes... Mais si cela ne menait à rien avec Pierre, peut-être qu'il y avait quelqu'un d'autre qui tomberait amoureux d’elle et qui voudrait vraiment passer sa vie avec elle?
 

Un soir, alors qu'ils allaient manger quelque chose après le travail dans le Lunch Garden de l'hypermarché Carrefour à Wépion où il travaillait, Pierre demanda soudain :
 

“Voudrais-tu... Voudrais-tu dîner avec moi un de ces jours?”
 

Ange l'avait mal compris et dit : “Nous sommes ici pour dîner de toute façon. C'est assez. Je suis contente de ce qu’on offre ici. D’ailleurs, pour le dîner, je mange peu. La nourriture ici est trop lourde pour moi. Si j’en mange trop, je dors mal..."
 

“Non, non, pas ici,” lui répliqua Pierre, “je veux dire ailleurs… dans un vrai restaurant, comme L'Espièglerie ou Le Petit Marais… Tu sais, comme pour un vrai rendez-vous romantique."
 

Ange fut abasourdie. Elle balbutia: “Je voudrais… Oui, bien sûr, j'aimerais vraiment. Où penses-tu aller alors?”
 

"En fait, je ne sais pas vraiment. J’ai entendu dire beaucoup de bien de L'Espièglerie. Qu'en penses-tu?"
 

“Ce serait bien. Je veux dire, je n'y ai jamais mangé. Ni dans aucun autre vrai restaurant, à part ça."
 

"Samedi soir ? À sept heures ? Je peux venir te chercher?" demanda Pierre.
 

Sept heures… Le samedi, dans l'affaire de Madame Neukerque, il y avait beaucoup de travail. Des dames de Namur qui devaient aller à une fête ou qui voulaient sortir venaient récupérer leurs vêtements retouchés à Maizeret. Parfois, il y avait des ajustements de dernière minute à faire… Au mieux, Ange ne pouvait quitter l'atelier de couture qu'à cinq heures et demie. Cela lui laisserait peu de temps pour prendre une douche, se maquiller et s'habiller. De cette façon, elle n'aurait pas assez de temps pour se préparer à ce rendez-vous important!
 

“Tu ne peux pas venir me chercher un peu plus tard, à huit heures?” demanda Ange.
 

"Bien sûr que c'est possible,” dit Pierre. “Tu vas voir, Ange, ça va être génial, notre premier vrai rendez-vous!"
 

Après avoir quitté le Lunch Garden, Ange rêva de cette rencontre avec Pierre le reste de la soirée. Avant d'aller dormir, elle fouilla sa garde-robe pour trouver quelque chose à porter qui lui donnerait une belle apparence. Elle paniqua lorsqu'elle se rendit compte qu'elle n'avait en fait rien à porter pour aller dans un bon restaurant comme L’Espièglerie…
 

Le lendemain, Ange demanda à Mme Neukerque si elle pouvait arrêter le travail à quatre heures, car elle avait une course importante à faire. Pour une fois, sa patronne le lui autorisa. Ange s'empressa. Avant la fermeture des magasins au centre-ville de Namur, elle voulait trouver quelque chose de joli à porter lorsqu'elle sortirait dîner avec Pierre. Mais elle trouva décevant le choix qu'elle avait dans les boutiques de Namur. Soit la plupart des vêtements étaient trop banals, soit beaucoup trop chers pour elle. Juste avant l’heure de fermeture, Ange abandonna. Elle était alors dans la boutique ‘La Jolie Môme’ dans la Rue du Fer, et elle ne s'en sortait plus. Elle se surprit à paniquer de plus en plus.
 

“Vous n'avez rien trouvé qui vous plaise?” demanda la vendeuse.
 

Ange lui expliqua honnêtement son problème. La vendeuse la comprenait parfaitement. Elle recommanda à Ange un magasin spécialisé dans la revente de vêtements déjà portés, mais qui étaient pratiquement à l'état neuf. Ce magasin s'appelait 'Nearly New', et il était situé dans la Rue Grande à Dinant, non loin de l’entreprise de carrosserie Gérimont.
 

Ange s'y rendit et fouilla dans les penderies et les étagères. Cela ne prit pas longtemps, car au bout d'un moment, elle était sûre d'avoir trouvé la robe parfaite à un prix plus que raisonnable.
 

Quand Ange rencontra Pierre pour aller au restaurant L’Espièglerie avec lui ce samedi soir, elle vit que lui aussi était vêtu d'un costume de seconde main, tout élégant, mais avec des taches sombres sous les aisselles. Peut-être, pensa-t-elle, était-ce parce que Pierre était nerveux et transpirait en conséquence. Pierre, de son côté, regarda Ange, et il fut surpris. Elle était tellement belle…
 

Ce soir-là, leur histoire d'amour commença. Après avoir pris un bon repas au restaurant, ils firent une promenade romantique en bord de Meuse. Ils s'embrassaient et se caressaient amoureusement, pour la toute première fois...
 

Après ce rendez-vous, beaucoup d'autres suivirent. Cependant, les deux jeunes gens ne pouvaient pas se permettre d'aller encore et encore manger dans un bon restaurant. Mais aucun problème là: Ange n'était pas seulement bonne en couture, mais aussi en cuisine. Dans son petit appartement à Annevoie, elle recevait Pierre presque tous les week-ends. Elle préparait quelque chose de délicieux pour eux deux. Lui apportait toujours une bouteille de vin du Carrefour où il travaillait. Et après avoir dégusté cette bonne nourriture, ils s’aimaient d’un  amour plein de passion…
 

Au bout de quelque temps, ils avaient finalement économisé assez pour le mariage de rêve d’Ange. Ils n'ont pas donné une grande fête. Ce n'était pas important, ni pour l'un, ni pour l'autre. Leur nouvelle vie commença, et ils espéraient qu'elle serait longue et très heureuse…

© Bruno Roggen, Anhée, 2021


Submitted: September 27, 2021

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Comments

AdamCarlton

Le véritable amour est plus important que de beaux vêtements, c'est sûr.

Tue, September 28th, 2021 4:02pm

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Reply

Monsieur Adam, vous avez pleinement raison. Le problème est que ce véritable amour se fait extrêmement rare (selon moi).

Tue, September 28th, 2021 11:24am

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