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Status: Finished  |  Genre: Editorial and Opinion  |  House: Booksie Classic
En fait, il y a quelques années, j‘ai écrit un article et j’ai essayé de le vendre à un journal Je voulais en réaliser un sur « la faillite » des autobus à plancher surbaissé à la Société de transport de Montréal (STM). Je suis arrivé à quelque chose, mais au bout d’un an de travail°! Imaginer, un an d’efforts où j’ai travailler d’arrache-pied à faire une dizaine d’entrevues, à faire des recherches et à rédiger les quatre feuillets de ce papier. Pour les entrevues, j’en ai fait quelques-unes par courriel et quelqu’un m’a aidé pour les autres. Mais, oh que cela a été difficile°! Écrire aux personnes pour établir un premier contact, attendre leurs réponses, préparer par écrit l’entrevue, etc. Tout cela parce que ma limitation à la communication me posait un obstacle important. Alors, qu’une entrevue aurait pu prendre une semaine à organiser et à réaliser normalement, cela me prenait un mois ou deux. Au bout d’un an, un hebdomadaire a eu l’intention de publier

Submitted: August 26, 2009

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Submitted: August 26, 2009

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Le lancement récent de la stratégie d’intégration et de maintien en emploi des personnes handicapées me fait réfléchir sur mon propre rapport avec le marché du travail. Celui-ci n’est pas facile. C’est pourquoi j’aborde peu cette problématique dans mes écrits.
 
Je suis scolarisé. Je détiens un baccalauréat en science politique de l’UQAM.  Mais, bien que je le sois, mon intégration sur le marché de l’emploi n’est pas une sinécure. J’ai d’importantes limitations (marche, coordination, communication). À l’adolescence, je voulais devenir journaliste… Malgré ma limitation à la communication orale, je me disais que l’écrit serait une belle voie pour réaliser mes ambitions. Avec le temps, ce rêve s’est estompé. J’ai réalisé que ce serait très difficile d’y arriver.
 
En fait, il y a quelques années, j‘ai écrit un article et j’ai essayé de le vendre à un journal Je voulais en réaliser un sur « la faillite » des autobus à plancher surbaissé à la Société de transport de Montréal (STM). Je suis arrivé à quelque chose, mais au bout d’un an de travail°! Imaginer, un an d’efforts où j’ai travailler d’arrache-pied à faire une dizaine d’entrevues, à faire des recherches et à rédiger les quatre feuillets de ce papier. Pour les entrevues, j’en ai fait quelques-unes par courriel et quelqu’un m’a aidé pour les autres. Mais, oh que cela a été difficile°! Écrire aux personnes pour établir un premier contact, attendre leurs réponses, préparer par écrit l’entrevue, etc. Tout cela parce que ma limitation à la communication me posait un obstacle important. Alors, qu’une entrevue aurait pu prendre une semaine à organiser et à réaliser normalement, cela me prenait un mois ou deux. Au bout d’un an, un hebdomadaire a eu l’intention de publier mon papier, mais finalement ça n’a pas marché. Et, j’ai laissé tombé voyant que le jeu n’en valait pas la chandelle.
 
Plus tard, il y a eu l’Alliance québécoise des regroupements régionaux pour l’intégration des personnes handicapées (AQRIPH)… J’ai obtenu un job taillé sur mesure pour moi; télétravail, horaire flexible, tâches axées sur mes capacités (veille, analyse et rédaction). Mon employeur avait vraiment mis en place les conditions gagnantes pour que ça aille bien. De plus, l’équipe de travail comprenait totalement mes limitations. Par exemple, on révisait mes textes, car j’ai toujours eu de la difficulté à me relire et à voir mes fautes. Malgré ces conditions gagnantes, j’ai quitté cet emploi au bout de quinze mois. La productivité du début n’était plus au rendez-vous. Le rythme de travail m’en demandait beaucoup et j’étais épuisé.
 
Depuis, j’ai fait quelques contrats, mais sans plus. J’y vais à mon rythme et ça me plaît. Il y a l’Inclusif et l’écriture. Ces derniers mois ont fait revenir en moi les joies (et souvent les angoisses…) de l’écran blanc qui, tôt ou tard, se noircit de mots. Ces moments m’apportent de petits bonheurs qui m’amènent à réfléchir. J’en arrive donc à conclure que ma  participation sociale en est une qui me satisfait. Est-ce que je retravaillerai à l’avenir°? Je l’ignore.
 
La nouvelle stratégie que le gouvernement a adoptée ne changera pas grand-chose à mon rapport au marché de l’emploi. Celle-ci semble miser essentiellement sur la réduction des obstacles; offre des subventions aux entreprises, bonifie leurs crédits d’impôt, augmente le nombre de Contrat d’intégration au travail (CIT) et crée des places dans les entreprises adaptées. Ces mesures sont intéressantes. Elles engagent le secteur privé dans le mouvement d’intégration au marché de l’emploi. Il reste à voir comment celui-ci arrivera à attraper la balle au bond. La stratégie aura aussi du bon pour les personnes ayant des incapacités qui veulent travailler; de nouvelles places dans les entreprises adaptées, il en faut pour que, notamment, les personnes ayant une déficience intellectuelle puissent travailler. Il fallait ajouter de l’argent frais dans le programme CIT pour que plus de personnes puissent intégrer le marché du travail.
 
Personnellement, ces mesures ne me donnent pas envie d’entreprendre de nouvelles démarches d’emploi. Et même si je le voulais, je me demande bien si j’arriverais à trouver un travail à ma mesure. Il m’arrive de regarder les offres d’emplois que je reçois du Réseau science politique de l’UQAM et j’y voie des postes qui m’intéresseraient : agent de recherche, conseiller en communications, chargé de projets, etc. Mais ces emplois seraient-ils à la mesure de mes capacités°? Serais-je en mesure d’accomplir tout ce qui est sur la description de tâches°? Dans les délais requis°? J’en doute. Inévitablement, il y a aura des composantes qui feront appel à la communication orale, à la concentration, ou à d’autres aspects que mes limitations me permettent difficilement d’accomplir. Certes, on pourrait me dire qu’il y aurait possibilité d’adapter la tâche. Mais, est-ce que le jeu en vaut la chandelle si l’on doit modifier de fond en comble une tâche°? Et qu’arrivera-t-il si je m’épuise au bout de quelques mois°? Aura-t-on fait toutes ces adaptations pour rien?
 
C’est là que la stratégie manque cruellement d’audace. Elle mise fort sur la réduction des obstacles à l’intégration au marché du travail et trop peu sur les caractéristiques des personnes, ce pour quoi elles sont incapables d’occuper un emploi. Les seules qui sont prises en compte sont celles concernant la formation et le développement des compétences. C’est bien. Rappelons qu’en 2001, 44 % des personnes ayant des incapacités sortaient de l’école sans diplôme d’études secondaires. Mai on oublie d’agir sur les autres caractéristiques telles la capacité de travail réduite, la prise en compte des limitations dans l’accomplissement des tâches, la réduction de la productivité, etc. Quelquefois on les prend en compte, mais uniquement pour établir le taux de la subvention salariale. Jamais on n’essaie d’examiner de quelle façon la personne ayant des incapacités peut se réaliser tout en ayant à l’esprit ces éléments.
 
Je pense que mon intégration au marché de l’emploi ne passe pas par le développement de mes compétences. Je les ai. Quoiqu’il faudrait bien que je me décide à entreprendre la maîtrise un jour°! Ce que je n’ai pas, pour intégrer le marché de l’emploi, ce sont les capacités. Jamais on n’a mis en place les moyens pour pallier à cela. À L’AQRIPH l’a fait, mais d’une manière bien informelle. Une chance qu’Annie était là pour corriger mes textes et répondre ponctuellement à mes besoins. Je doute que ces attentions aient été possibles dans un milieu de travail « dit régulier ». On ne mise que sur des travailleurs ayant une capacité maximale de travail et l’idée de donner les moyens pour qu’une personne ayant des incapacités puisse performer à la mesure de ses capacités n’y a pas encore fait son chemin. Dans ce contexte, je ne crois pas à l’intégration sur le marché de l’emploi.
 
C’est pour cela que, depuis quelques années, j’y vais à mon rythme. Et là encore, on me met des bâtons dans les roues. Les quelques contrats que j’ai faits ont été une source de problème vis-à-vis la sécurité du revenu. Il n’y a pas de passerelle efficace pour ceux qui ont des revenus d’emploi atypiques. Les seules solutions possibles étaient que je déclare mes revenus d’un seul coup (alors, sur un contrat de 1 000 $ je retire à peine 150 $) ou m’arranger avec mes clients pour qu’ils étalent les versements sur plusieurs mois pour que je reçoive le maximum permis, soit 100 $ par mois. Et, à ces acrobaties, il faut ajouter les multiples démarches que je devais « me taper » avec mon centre local d’emploi. Parce que des fois, on entre dans le méandre des complications lorsque vient le temps de retirer des revenus qui ne sont que ponctuels. Le régime actuel de sécurité du revenu n’est pas fait pour ceux qui, comme moi, ne peuvent que faire des contrats ponctuels. J’ai donc décidé de ne plus en faire.
 
J’accepte la situation et, avec le temps, j’ai trouvé le modus vivendi pour avoir une participation sociale qui me plaît. Cependant, il y a des deuils qui ne sont pas encore faits. Le plus important est celui de devoir demeurer dans une relative pauvreté. Je suis chanceux. Je n’ai pas de loyer à payer et mes besoins essentiels sont comblés. Les fins de mois arrivent quand même très vite. Et, il y a tout l’aspect de savoir qu’au fil du temps, ma situation financière ne s’améliorera pas. Je ne peux compter sur des promotions ou des augmentations de salaire pour augmenter mon niveau de vie. Seules les augmentations annuelles de la sécurité du revenu viendront et ne feront que maintenir la précarité de ma situation financière. Cela veut donc dire que je dois dire adieu aux projets que les gens de mon âge font. Même de petits luxes tels qu’une escapade d’une fin de semaine, une caméra numérique ou un spectacle deviennent inaccessibles. Cela est très difficile à accepter.
 
Aura-t-on, à l’heure des bilans, dans dix ans atteint l’objectif, soit celui de réduire de moitié l’écart entre le taux d’occupation des personnes ayant des incapacités et celui de la population générale°? Franchement, je l’ignore… Mais, il y a de fortes chances que  ma situation et mon rapport au marché du travail n’aient pas changé à ce moment.
 
Christian Généreux
2008-06-08


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